Éditorial du président

Auteur:

Mehrdad Hariri

Le Centre sur les politiques scientifiques canadiennes

CEO et Président

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

Dans sa lettre de mandat pour 2025, le premier ministre Mark Carney qualifie ce moment de « test générationnel de notre productivité, de notre résilience et de notre unité ». Il avertit que « notre faible productivité persistante met à rude épreuve les finances publiques et menace la pérennité de programmes sociaux essentiels ». Le discours du Trône ajoute à ce constat d'urgence, décrivant la situation comme « la plus grande transformation de l'économie canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale » et appelant à la création d'une « économie canadienne unifiée », fondée sur « un projet, un examen ». Le message est clair : l'harmonisation nationale n'est plus une option, elle est impérative.

Le chemin à parcourir est pourtant semé d’embûches. Les bouleversements géopolitiques, l’incertitude commerciale avec les États-Unis et de profonds défis structurels mettent à rude épreuve les fondements économiques du Canada. Avec 78 % du commerce international lié aux États-Unis et 60 % des exportations composées de matières premières ou semi-transformées, la voie vers une plus grande résilience est ardue. Le coût de la fragmentation est exorbitant : les barrières commerciales internes à elles seules amputent les échanges de près de 200 milliards de dollars par année. Le rapport d’octobre de la Banque du Canada souligne ces obstacles structurels : le commerce, l’investissement et la capacité de production subissent tous des pressions croissantes.

Plus grave encore, ce manque d’harmonisation nationale compromet la capacité du Canada à mobiliser pleinement ses ressources autour de missions stratégiques, que ce soit dans les domaines de l’énergie, de la fabrication de pointe, de l’IA et des technologies quantiques, de la bioproduction ou des ressources naturelles.

Pour relever l’immense défi qui nous attend, une vision audacieuse est essentielle. Le Canada doit harmoniser ses stratégies, ses acteurs et ses ambitions. Cela implique une nouvelle vision : une stratégie pancanadienne axée sur une mission en matière de sciences et d’innovation, qui unifie les provinces et les territoires, intègre les priorités industrielles et de défense et positionne l’innovation comme outil de navigation pour la place du Canada dans le monde.

Ce dont le Canada a besoin maintenant, ce n’est pas d’un autre programme ou fonds, mais d’un cadre : une architecture nationale cohérente qui relie les priorités fédérales, provinciales, industrielles et internationales dans le cadre d’une stratégie d’innovation unique.

Cette vision repose sur trois alignements fondamentaux :

  1. Harmonisation interjuridictionnelle : un véritable pacte pancanadien d’innovation

Le clivage fédéral-provincial constitue l'un des principaux défis de gouvernance du Canada. Or, l'innovation transcende les frontières. Le Canada a besoin d'un Conseil fédéral-provincial-territorial sur la science, la technologie et l'innovation, chargé de coordonner les missions, d'harmoniser les politiques et de suivre les résultats.

Ce conseil pourrait potentiellement :

  • Mettre en place des missions nationales communes, telles que la fabrication, l'IA et les réseaux quantiques, ou la résilience de la chaîne d'approvisionnement nationale, cofinancées par les différents gouvernements.
  • Harmoniser la réglementation technologique, les crédits d'impôt, les règles de transfert de propriété intellectuelle et le financement de la R&D afin d'éliminer les incohérences et les doublons.
  • Créer des plateformes de données communes sur les résultats de l'innovation, les flux de talents et la performance de la mise à l'échelle.
  • Favoriser la mobilité des talents grâce à la reconnaissance mutuelle des qualifications techniques et d'ingénierie entre les provinces.

L’harmonisation des compétences de cette manière permettrait de transformer la diversité du Canada en force : une spécialisation régionale reliée par des missions nationales, plutôt que des programmes provinciaux isolés.

  1. Intégrer les stratégies de défense, industrielles et d'innovation

Dans le monde actuel, la politique de défense fait partie intégrante de la politique économique globale, qui inclut également l'innovation.

La lettre de mandat appelle à une politique industrielle de défense qui assure la sécurité du Canada, remplit nos obligations envers nos alliés et contribue à la croissance de notre économie. Cela exige une intégration, au-delà de la simple coordination sur le papier, vers un écosystème stratégique unique. L’acquisition de matériel de défense peut servir de catalyseur à l’innovation. De même que la NASA a considérablement soutenu l’industrie spatiale américaine et que la DARPA a joué un rôle majeur et déterminant dans l’émergence de la Silicon Valley, notamment grâce au financement des technologies de défense, à la recherche en microélectronique et en semi-conducteurs, et aux réseaux d’innovation qui ont ensuite donné naissance à l’industrie technologique commerciale. De la même façon, l’UARC, un consortium de recherche à long terme entre des universités et le gouvernement américain (principalement le ministère de la Défense), a soutenu un financement durable de la recherche universitaire.

Les dépenses de défense du Canada peuvent favoriser l'émergence de pôles technologiques nationaux. Fixer un objectif, comme consacrer 20 % des dépenses de défense à la recherche et au développement et à l'innovation nationale, permettrait de créer l'envergure nécessaire pour orienter la recherche vers des entreprises compétitives à l'échelle mondiale.

Dans le même temps, les stratégies industrielles et d’innovation doivent être explicitement liées aux capacités souveraines : infrastructures dans les pays du Nord, industrie manufacturière de pointe, cybersécurité, intelligence artificielle et robotique, sciences et adaptation au changement climatique, et chaînes d’approvisionnement résilientes. Lorsque les priorités en matière de défense, d’industrie et d’innovation convergent, elles se renforcent mutuellement et créent un cercle vertueux qui génère à la fois de la croissance économique et répond à nos besoins de sécurité.

Cette intégration exige des relations renouvelées entre les paliers fédéral, provincial et territorial, beaucoup plus coordonnées et harmonisées, ainsi qu’une coordination accrue entre les ministères fédéraux, notamment Innovation, Développement économique Canada, Affaires mondiales Canada et autres. Un Secrétariat de la stratégie nationale pourrait regrouper les ministères de l’Innovation, de la Défense, de l’Industrie et des Affaires mondiales Canada au sein d’un cadre unique, avec des missions et des budgets partagés. Il permettrait de garantir que les investissements en recherche et développement se traduisent par une force industrielle, un potentiel d’exportation et une sécurité et une résilience nationales.

  1. Aligner l'innovation sur la stratégie internationale

L’engagement mondial du Canada doit s’inscrire dans le prolongement de son programme d’innovation. Trop souvent, la politique étrangère, le commerce et l’innovation fonctionnent de manière cloisonnée. Alors que les chaînes d’approvisionnement mondiales se restructurent et que la technologie devient un élément central de la diplomatie et de la sécurité, le Canada doit intégrer son écosystème d’innovation à ses affaires internationales.

Cela signifie:

  • Utiliser les accords commerciaux pour ouvrir des corridors d'innovation et garantir la réciprocité en matière de propriété intellectuelle.
  • Harmoniser le financement des exportations et la promotion du commerce avec les missions d’innovation du Canada, afin qu’EDC, AGC et ISED poursuivent les mêmes priorités technologiques.
  • Placer des attachés scientifiques et technologiques dans les ambassades afin de promouvoir les partenariats pour les entreprises et les chercheurs canadiens.
  • Utiliser les partenariats scientifiques, technologiques et d'innovation comme outils diplomatiques pour instaurer la confiance et accroître son influence dans les régions et les secteurs clés.

En ce sens, l’innovation devient un outil de navigation, un moyen pour le Canada de tirer profit de son prestige et de son influence internationaux pour obtenir des avantages économiques, tout en respectant nos principes démocratiques.

Les défis auxquels le Canada est confronté sont considérables, et une stratégie d’innovation axée sur une mission et cohérente avec nos politiques industrielles, de défense et étrangères fait partie de la solution. C’est cette cohérence qui concrétisera l’idée d’une « économie canadienne unie ». Et cette cohérence doit être amorcée dès maintenant, car la compétitivité, la souveraineté et la prospérité futures du Canada en dépendent.