Construire un écosystème d'innovation agile : leçons du passé, projets pour l'avenir

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Auteur:

Sandra Lapointe

Université McMaster

Professeur et directeur du Réseau canadien pour la société, l'innovation et les politiques publiques

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

Le passé 

La réponse aux résultats décevants du Canada en matière de productivité et d'innovation ne peut se fonder sur le « gros bon sens » économique.

En matière d’innovation et de productivité – un sujet de discussion majeur au Canada actuellement –, l’opinion des décideurs politiques sur ce qui fonctionne est, au moins en partie, influencée par des idées qui ont continué d’émerger dans les études sur les sciences, la technologie et la société (STS) durant la première moitié du XXe siècle. C’est normal, mais le Canada… mauvaise performance Le fait que les indices internationaux d'innovation utilisent des données aussi récentes soulève des inquiétudes quant à leur utilisation.

Par exemple, on peut affirmer sans hésiter que la stratégie d’innovation du Canada repose sur l’idée que la science fondamentale est la clé de la recherche appliquée et du développement industriel. Cet aspect de la politique d’innovation canadienne n’a rien d’original. Depuis les années 1970, Indicateurs de science, de technologie et d'innovation de l'OCDE ont été calculés en fonction de l'investissement dans la recherche fondamentale et appliquée et des revenus générés par la propriété intellectuelle et la commercialisation.

Plus précisément, l’approche du Canada en matière d’innovation – telle qu’elle se reflète dans Centre national de rechercheLe plan stratégique actuel de l'entreprise s'articule toujours autour d'une approche d'investissement en « triple hélice », c'est-à-dire gouvernement-enseignement supérieur-industrie, qui considère l'innovation comme le résultat d'un processus linéaire en plusieurs étapes qui, qu'il implique ou non une invention, comprend au moins :

  • Recherche en sciences fondamentales
  • La recherche appliquée
  • recherche industrielle, c'est-à-dire développement
  • Commercialisation

D'une certaine manière, il est difficile d'affirmer que ce modèle linéaire de R&D est « faux », ou même qu'investir dans la recherche fondamentale pour créer la prospérité économique et sociale serait une erreur. Mais la triple hélice est dépassée et, en 2025, le modèle linéaire de R&D de l'innovation n'est « juste » que dans la même mesure que la physique newtonienne l'était encore après l'avènement de la théorie de la relativité d'Einstein : cette ancienne théorie aurait pu suffire pour envoyer une fusée dans l'espace, par exemple, mais elle n'était pas suffisamment sophistiquée pour développer les lasers, les réacteurs nucléaires et les systèmes GPS.

L’étude des systèmes d’innovation en sciences sociales et humaines (par exemple, l’économie, la sociologie, l’anthropologie, le commerce, l’histoire et la philosophie politique) constitue un domaine d’une richesse extraordinaire – même si ses résultats restent souvent cantonnés au monde académique. De prime abord, les limites des cadres théoriques qui sous-tendent le modèle linéaire de R-D ne sont peut-être pas évidentes, mais ceux dont le rôle est de concevoir les solutions « nucléaires » nécessaires pour résoudre les problèmes sociétaux actuels s’accordent sur la nécessité d’un changement de paradigme radical. La compréhension experte de la nature et de la structure des processus d’innovation, ainsi que de leur contribution à la prospérité, a considérablement évolué au cours des dernières décennies. Malheureusement, bon nombre des approches les plus avancées et sophistiquées en matière de stratégie d’innovation n’ont pas encore été mises à la disposition des décideurs politiques. Pour doter pleinement le Canada des outils nécessaires à sa prospérité et soutenir les acteurs de l’innovation dans tous les secteurs, il est crucial que les décideurs politiques mettent en œuvre des modèles d’innovation de pointe.

A venir

Depuis les années 1980, le paradigme de la recherche en sciences, technologies et innovation a évolué vers des cadres stratégiques d'innovation qui bouleversent complètement le modèle linéaire de R&D. S'appuyant sur la théorie de la complexité et des systèmes, les nouveaux modèles « systémiques » disponibles pour élaborer des stratégies et des politiques d'innovation convergent vers une vision plus large de la recherche, qui inclut non seulement les gouvernements, les universités et l'industrie, mais aussi les individus, les collectivités (dont un secteur sans but lucratif qui représente environ 10 % de l'économie canadienne) et leur environnement.

Pour les décideurs politiques, il est urgent d'élaborer et de déployer des modèles d'innovation holistiques et systémiques qui placent les préoccupations sociétales et environnementales au même niveau que les priorités économiques. L'époque où l'on pouvait encore prétendre que les bénéfices de la science et de la stratégie d'innovation étaient l'apanage du progrès industriel et profiteraient indirectement à la société est révolue. Depuis la pandémie de COVID-19, la prise de conscience collective des défis liés aux crises mondiales émergentes et aux problèmes sociétaux complexes a mis en évidence la nécessité de nouvelles méthodologies pour étayer nos efforts en matière d'innovation, de productivité et autres enjeux économiques. À l'instar des autres problèmes auxquels nos sociétés sont confrontées aujourd'hui – des urgences sanitaires et écologiques mondiales aux crises du logement et à l'incertitude politique internationale –, les défis de l'innovation et de la productivité s'enracinent dans des dynamiques systémiques complexes qui requièrent des outils politiques sophistiqués, capables de prendre en compte les réalités sociales et humaines bien au-delà de ce que le modèle linéaire de R&D peut offrir.

Il est temps que le gouvernement canadien élabore et adopte une stratégie d’innovation qui dépasse les théories économiques et industrielles du XXe siècle et qui s’appuie sur une approche holistique et axée sur la mission pour assurer la prospérité. Cela impliquera au moins trois actions clés.

Premièrement, pour maîtriser la complexité, les gouvernements doivent investir dans la partie de l'entreprise scientifique capable de traiter la dynamique des systèmes et l'émergence. Cela signifie impliquer la recherche en sciences sociales et humaines dans tous les là où ils sont nécessaires Pour appuyer des politiques transformatrices et une innovation axée sur la mission, il est essentiel de disposer d'une expertise en recherche sociale et humaine. Cette expertise permettra de mobiliser les connaissances sociales et humaines sous-jacentes, de recueillir et d'analyser les données pertinentes sur nos écosystèmes, de traduire les données probantes nécessaires à l'élaboration de politiques et de faire participer les acteurs clés à des processus de cocréation et de délibération visant à élaborer des solutions politiques conformes à la vision canadienne de prospérité et de bien-être. La recherche en sciences sociales et humaines, notamment en économie politique et comportementale, devrait être intégrée à chaque étape de la définition des missions sociétales et du développement de l'intelligence écosystémique requise pour leur mise en œuvre adéquate.

Deuxièmement, pour renforcer les capacités des écosystèmes, les gouvernements doivent investir de manière stratégique afin de mobiliser les compétences et l'expertise facilement disponibles et de renforcer l'impact de ceux qui, parallèlement aux chercheurs en sciences sociales et humaines de l'enseignement supérieur, maîtrisent le mieux les approches et les méthodes systémiques axées sur la mission, adaptées à la gestion de la complexité et de l'émergence sociales. Innovation sociale CanadaIl existe plus de 100 accélérateurs et laboratoires d'innovation qui s'attaquent aux défis du logement, du climat et de la santé, une soixantaine d'établissements d'enseignement supérieur offrant des formations en innovation sociale, et plus de 200 plateformes communautaires qui favorisent la connectivité des écosystèmes nécessaire pour soutenir des missions sociétales telles que les transitions vers le logement et l'environnement. Ces précieux atouts en matière d'innovation devraient être soutenus et déployés dans le cadre d'un effort stratégique visant à renforcer les capacités d'innovation sociale et publique, un besoin qui se fait le plus urgent.

Enfin, les gouvernements devraient agir pour renforcer les synergies entre les chercheurs universitaires et les praticiens de l'innovation sociale et du changement systémique communautaire. La connectivité entre les acteurs clés des écosystèmes d'innovation est un principe fondamental des politiques d'innovation axées sur une mission, et les gouvernements ont un rôle crucial à jouer pour créer les conditions collectives nécessaires aux acteurs impliqués dans les grands projets sociétaux. Collaboration entre la recherche et la pratique dans l'espace public et social de l'innovation L’infrastructure d’innovation est actuellement très limitée, et le Canada devrait aspirer à intégrer pleinement la recherche sociale et humaine à ses écosystèmes d’innovation sociale et publique. Les collectivités et les entreprises canadiennes bénéficieront d’une infrastructure d’innovation qui intègre les principes de définition, de coordination et de mise en œuvre des missions, et cela commence par une connexion adéquate entre les principaux acteurs des écosystèmes d’innovation concernés.

Le modèle économique linéaire de la R&D est depuis longtemps obsolète. Élaboré à partir d'un sous-ensemble de l'activité de recherche, il exclut de trop nombreux domaines et disciplines. Il n'est pas conçu pour s'appliquer dans un contexte où la science et l'innovation sont appréhendées comme des éléments de systèmes plus vastes. Il s'avère insuffisant pour relever les défis sociétaux complexes.

La stratégie d’innovation dont le Canada a besoin doit s’appuyer sur les meilleures données probantes disponibles. Or, ces données sur les écosystèmes d’innovation indiquent qu’il est temps pour le Canada de se détacher de la logique « newtonienne » de la R-D et d’adopter une approche « einsteinienne » face à la nature systémique, complexe et émergente des défis sociétaux et économiques.

Le Collaboration canadienne pour la société, l'innovation et les politiques est heureux d'annoncer la quatrième édition de Forum canadien pour l'innovation sociale Organisé par l'Université de Calgary en juin 2026, cet événement contribuera à concrétiser cette vision d'un écosystème d'innovation pleinement autonome pour les Canadiens.