Défendre l'innovation contre le lock-out

Auteur:

E. Richard Gold

Richard Gold (2) (1) – Julia Smith
Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

Le Canada a développé son Stratégie industrielle de défense Face à un ordre international fondé sur des règles de plus en plus fragile, la Stratégie propose deux réponses à cette réalité : 1) mobiliser l’industrie canadienne pour produire au pays des technologies liées à la défense (notamment à double usage) afin d’approvisionner les marchés nationaux et internationaux; et 2) veiller à ce que le Canada ait la capacité, en cas de crise, de répondre aux besoins nationaux essentiels (y compris en matière de santé) et de continuer d’innover et de fournir des produits et services au pays et à l’étranger. Si la majeure partie de la Stratégie porte sur le premier point, c’est le second qui garantit la résilience du Canada face à une crise.

La résilience comporte deux volets. Premièrement, elle vise à réduire les dommages, tant sur le plan temporel que quantitatif. Deuxièmement, elle cherche à rétablir un équilibre, même si ce n'est pas nécessairement l'équilibre antérieur, le plus rapidement possible.

D’après une évaluation du gouvernement fédéralLes crises les plus susceptibles d'avoir un impact majeur sont la guerre, les dommages environnementaux d'origine humaine et les changements climatiques, ainsi que la saturation des systèmes de santé et d'urgence due à une pandémie et aux tornades, incendies et inondations provoqués par les changements climatiques. Répondre à ces crises implique de mobiliser les connaissances et technologies existantes et d'en développer de nouvelles.

L’un des volets de la Stratégie industrielle de défense, le Pilier IV, aborde explicitement la résilience, mais uniquement dans le domaine de la santé. Il stipule que « le gouvernement soutiendra des investissements ciblés dans l’innovation en sciences de la vie, les infrastructures et le développement de la main-d’œuvre » et qu’il étudiera des mécanismes, tels que la constitution de stocks et la coordination avec les alliés, « afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement en fournitures médicales essentielles ». 

Cela ne suffit toutefois pas à garantir la résilience. Les stocks s'épuisent. Plus important encore, les technologies existantes sont souvent insuffisantes. Comme l'a démontré la crise de la COVID-19, nous avons dû mettre au point de nouvelles interventions sanitaires. Celles-ci ne sont pas apparues spontanément, mais après des décennies de recherche fondamentale sur les vaccins à ARNm et les médicaments développés en réponse à la crise du SRAS de 2002-2004. Ces technologies n'ayant pas été développées au Canada, ce dernier était dépendant de la production étrangère. Les États-Unis n'exporterait pas de vaccins à ARNm Nous étions donc dépendants de nos alliés européens. Reconnaître ce fait est essentiel pour élaborer des politiques axées sur la résilience.

Compte tenu de cela, le Canada doit renforcer sa capacité interne à développer et à produire les technologies et les médicaments nécessaires en cas de crise. Plus précisément, le Canada doit entreprendre trois actions : 1) garantir l’accès aux connaissances et aux données nécessaires à la production nationale des médicaments actuels et futurs ; 2) s’assurer que les entreprises canadiennes ont la capacité de mettre en œuvre ces connaissances ; et 3) élaborer des contre-mesures au cas où des puissances étrangères tenteraient d’entraver la production au Canada. Un moyen important d’atteindre ces trois objectifs consiste à soutenir les entreprises, les universités et les collèges canadiens qui s’engagent dans… partenariats pour la science ouverte Générer des données et des connaissances tout en garantissant l’accès des Canadiens. En soutenant ces collaborations, les Canadiens acquièrent le savoir-faire nécessaire pour transformer les connaissances scientifiques en nouvelles technologies et en nouveaux médicaments. En collaborant dans un cadre de science ouverte, les Canadiens s’assurent de ne pas être exclus.

Les Canadiens sont déjà des chefs de file en matière de partenariats pour la science ouverte, le gouvernement fédéral soutenant des consortiums tels que celui de l'Université de Toronto. Consortium de génomique structurale, le Institut-Hôpital Neurologique de Montréal et ConscienceIl faut intégrer explicitement ces collaborations aux politiques de défense et d’innovation du Canada afin de renforcer la souveraineté technologique et numérique du Canada.

Bien que les Canadiens excellent en recherche fondamentale, ils ne représentent que deux à trois pour cent du marché mondial et ne peuvent être experts dans tous les domaines. Pour remédier à cette situation, le Canada doit encourager ses entreprises et ses chercheurs à s’intégrer pleinement aux partenariats de science ouverte, tant nationaux qu’internationaux. Grâce à ces collaborations, entreprises et chercheurs accèdent à davantage de données, de connaissances et d’expertise, et sont en mesure de repérer les fausses pistes et les occasions prometteuses qui peuvent optimiser leurs recherches. Le financement des collaborations en science ouverte renforce la résilience du Canada en accroissant notre accès, formel et informel, aux connaissances qui orienteront toute réponse à une crise.

Un défi majeur consiste à positionner les entreprises canadiennes de manière à tirer parti des opportunités. Actuellement, Les entreprises canadiennes investissent beaucoup moins. Le Canada est plus performant en recherche et développement que les pays comparables. Cela s'explique notamment par le fait que les entreprises innovantes canadiennes sont majoritairement de petite taille, les grandes entreprises étant absentes du paysage concurrentiel. Pour remédier à cette situation, le Canada a cherché à attirer des entreprises innovantes. usines filiales de sociétés multinationalesLe danger réside dans le fait que non seulement ces entreprises sont susceptibles de quitter le pays, mais qu'elles n'ont aucun attachement politique à notre bien-être. Le Canada doit donc inciter ses grandes entreprises nationales – banques, fabricants de médicaments génériques, etc. – à investir dans l'innovation. Le soutien financier apporté à leur participation à des partenariats de science ouverte est une façon d'y parvenir.

Les entreprises et les chercheurs canadiens n'ont pas un accès garanti à la majeure partie des connaissances et des données nécessaires au développement de nouvelles technologies et de nouveaux médicaments. Une grande partie de ces connaissances est contrôlée par des entreprises étrangères, qui peuvent en restreindre l'accès. En 2023-2024, l'Office de la propriété intellectuelle du Canada a accordé 90 % des brevets canadiens appartiennent à des étrangersPrès de la moitié de ces connaissances appartiennent à des entreprises américaines. En cas de crise, notamment économique, un gouvernement étranger pourrait contraindre ces entreprises à bloquer l'accès des Canadiens à ces connaissances grâce à ces brevets. Certes, certaines exceptions existent pour la recherche, mais pas pour la vente des technologies et des médicaments essentiels dont le Canada a besoin. La loi canadienne sur les brevets autorise les gouvernements à passer outre les brevets en cas d'urgence, mais cette disposition n'a jamais été utilisée, elle est vague et des lois ultérieures ont semé le doute quant à sa portée. Pour pallier ce risque, le Canada doit prévoir un droit clair, rapide et étendu qui permette non seulement aux gouvernements, mais aussi aux entreprises canadiennes, de passer outre les brevets lorsque l'accès aux technologies essentielles est restreint par des gouvernements étrangers. 

La Stratégie industrielle de défense du Canada prend des mesures importantes pour accroître l’innovation canadienne dans le domaine des nouvelles technologies de défense et à double usage, mais ce n’est que la moitié du chemin. Pour assurer la résilience du Canada face à la prochaine crise, qu’elle soit de nature militaire, économique, sanitaire ou climatique, le Canada doit encourager ses entreprises et ses chercheurs à participer à des partenariats internationaux de science ouverte qui non seulement permettent d’acquérir des connaissances essentielles, mais garantissent aussi la capacité du Canada de réagir à la crise.

 

E. Richard Gold est professeur émérite James McGill à la Faculté de droit, à la Faculté de médecine et des sciences de la santé et à l’École Bieler de l’environnement de l’Université McGill. Il est également chef des politiques et des partenariats chez Conscience, un organisme sans but lucratif qui vise à faciliter la découverte et le développement de médicaments dans des domaines où le partage ouvert et la collaboration sont essentiels à l’accès à des traitements, et chercheur principal au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale.

En savoir plus sur l'auteur(s)

E. Richard Gold

Faculté de droit, Faculté de médecine et des sciences de la santé, École de l'environnement de Bieler

Professeur émérite James McGill

Conscience

Responsable des politiques et des partenariats

Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale

Senior Fellow