Du campus à la capacité : comment l'excellence régionale peut propulser l'avenir de la défense du Canada

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Shanthi Johnson, PhD, RD, FDC, FACSM, FGSA

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La nouvelle Stratégie industrielle de défense (SID) du Canada, dévoilée en février 2026, promet d’accroître d’environ 85 % les investissements gouvernementaux en recherche et développement liés à la défense au cours de la prochaine décennie (ministère de la Défense nationale, 2026). Il s’agit d’un engagement historique. Toutefois, sans une mise en œuvre rigoureuse, cet investissement risque de n’être qu’une initiative bien intentionnée de plus, sans impact concret. Le véritable enjeu est de savoir si le Canada peut, et s’il le fera, transformer son excellence en recherche en capacités stratégiques, et si les institutions et les régions qui mènent ces travaux sont considérées comme de véritables partenaires, et non comme des éléments secondaires d’une stratégie fédérale.

Le défi canadien en matière d'innovation n'a jamais été le manque de talents. Nous avons des chercheurs de calibre mondial et des entreprises compétentes. Le problème, comme le soulignait le rapport Naylor il y a près de dix ans, réside dans l'écart entre les résultats prometteurs obtenus en laboratoire et une capacité commercialement viable et à grande échelle : le processus est fragmenté, sous-financé, voire inexistant (Naylor et al., 2017). Le financement de la R-D dans le secteur de la défense, s'il est déployé de manière ciblée, pourrait enfin contribuer à combler cet écart en renforçant les voies de commercialisation, en réduisant les risques liés à l'innovation en phase de démarrage et en intégrant les PME aux chaînes d'approvisionnement de la défense. À défaut, il risque de se réduire à une nouvelle série de dépenses bien intentionnées qui ne se traduiront pas par des capacités concrètes.

C’est pourquoi l’innovation ancrée dans le territoire est si importante. Le corridor Windsor-Detroit, où j’occupe le poste de vice-président à la recherche et à l’innovation à l’Université de Windsor, se situe à l’un des points de passage frontaliers les plus fréquentés d’Amérique du Nord et repose sur la production automobile, la fabrication de pointe et une chaîne d’approvisionnement transfrontalière de plus en plus sophistiquée. Ce n’est pas qu’un symbole, c’est une réalité fonctionnelle. Le Centre d’excellence SHIELD en cybersécurité automobile développe déjà des solutions pour protéger les véhicules connectés et autonomes (SHIELD, 2026). C’est là que convergent l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la mobilité de nouvelle génération, et c’est ce type de recherche à double usage, ancrée dans le territoire, qu’une stratégie de défense crédible devrait déployer à l’échelle d’un réseau national coordonné.

Une politique de défense internationale (PDI) tournée vers l'avenir doit reconnaître que les universités ne se limitent pas à la formation de personnel hautement qualifié. Elles sont des moteurs de recherche fondamentale et appliquée, et lorsque leurs partenariats avec l'industrie sont structurés autour de feuilles de route technologiques claires, d'infrastructures partagées et de véritables voies de commercialisation, elles permettent aux petites et moyennes entreprises (PME) de tester, de renforcer et de déployer leurs technologies sur les marchés nationaux et connexes. La création du nouveau Conseil consultatif de la défense pour la science et la recherche, qui comprendra des représentants des établissements d'enseignement postsecondaire canadiens, constitue une initiative positive (CNRC, 2026). Toutefois, la preuve de son efficacité résidera dans la manière dont le financement atteindra concrètement les écosystèmes régionaux où ces travaux sont menés.

L’une des perspectives les plus prometteuses réside dans les technologies à double usage, encadrées par des principes éthiques clairs. Le Canada n’a pas à partir de zéro. L’industrie automobile est depuis longtemps un moteur d’innovation en matière d’automatisation et de science des matériaux. L’agriculture a fait progresser les technologies de précision et la télédétection. Le secteur de la santé a démontré, durant la pandémie, la capacité des écosystèmes de recherche à se mobiliser rapidement en temps de crise. Mes travaux en santé publique, portant sur la prévention des chutes, le vieillissement et la résilience communautaire, ont confirmé que la pensée systémique s’applique directement à la sécurité nationale : intégrer les connaissances interdisciplinaires, coordonner les actions interinstitutionnelles et renforcer les capacités avant la crise (Williams-Roberts et al., 2021). La R-D en matière de défense devrait jouer un rôle d’intégration, renforçant les secteurs connexes et amplifiant les investissements antérieurs, et non fonctionner en vase clos.

L’expérience internationale le confirme. Boursière Fulbright aux États-Unis et boursière DAAD en Allemagne, j’ai étudié des écosystèmes d’innovation qui abordent la recherche axée sur la défense de manière très différente. Ce qui distingue les systèmes efficaces – la flexibilité de la DARPA, axée sur sa mission, les instituts Fraunhofer en Allemagne, les filières de talents intégrées d’Israël – n’est pas seulement l’investissement, mais la cohérence : des missions nationales claires, des mécanismes d’adoption efficaces et des parcours durables de la découverte au déploiement (Bonvillian, 2018 ; Fraunhofer-Gesellschaft, 2023). Adapter ces modèles au contexte canadien, tout en intégrant les PME aux chaînes d’approvisionnement de la défense, sera essentiel pour combler l’écart entre la force de la recherche et les capacités stratégiques.

Deux priorités devraient guider la mise en œuvre. Premièrement, investir dans des pôles d’innovation ancrés à l’échelle régionale et alignés sur les forces sectorielles existantes, par exemple l’automobile, la fabrication de pointe et la cybersécurité, où des écosystèmes établis peuvent accélérer l’impact et réduire les délais d’obtention de résultats. Deuxièmement, maintenir le financement de la recherche à double usage et des filières de talents grâce à des partenariats université-industrie, incluant l’apprentissage par l’expérience, le partage d’infrastructures et la recherche appliquée, assortis d’indicateurs de performance clairs et d’incitatifs qui encouragent la collaboration. Parallèlement, les décideurs politiques doivent se prémunir contre les conséquences imprévues : une forte augmentation des dépenses de défense risque de nuire à la recherche fondamentale menée par les chercheurs si l’équilibre n’est pas maintenu. La capacité d’innovation à long terme du Canada repose sur un écosystème sain de sciences fondamentales, en parallèle avec des programmes axés sur la mission (Mazzucato, 2018).

La Stratégie industrielle de défense du Canada a le potentiel de renforcer à la fois la sécurité nationale et la croissance économique. La question n’est plus de savoir s’il faut investir, mais comment cet investissement sera déployé de manière judicieuse. En harmonisant le financement avec les technologies émergentes, en misant sur les atouts régionaux, en tirant des leçons des modèles internationaux et en maintenant un équilibre au sein du système de recherche, le Canada peut transformer cet engagement historique en un avantage durable. Si cette stratégie est bien menée, elle ne se contentera pas de renforcer notre capacité de défense, elle définira notre avenir en matière d’innovation.

Reconnaissance de l'IA

Cet éditorial a été préparé avec l'aide d'outils d'intelligence artificielle (Claude, Anthropic) à des fins d'édition uniquement, notamment pour la structuration et l'amélioration du style. L'ensemble des idées, arguments, perspectives politiques et analyses présentés reflètent l'expertise, l'expérience professionnelle et le jugement académique de l'auteur. L'auteur assume l'entière responsabilité du contenu présenté ici.

Références

Bonvillian, WB (2018). La DARPA et ses clones ARPA-E et IARPA : un modèle d'organisation d'innovation unique. Changement industriel et corporatif, 27(5), 897-914.

Ministère de la Défense nationale. (2026). Stratégie industrielle de défense du Canada : sécurité, souveraineté, prospérité. Gouvernement du Canada.

Fraunhofer-Gesellschaft. (2023). Rapport annuel 2023. Société Fraunhofer. https://www.fraunhofer.de/en/media-center/publications/fraunhofer-annual-report/annual-report-2023.html

Williams-Roberts, H., Arnold, C., Kemp, D., Crizzle, A., et Johnson, S. (2021). Examen exploratoire des lignes directrices de pratique clinique pour le dépistage et l'évaluation du risque de chute chez les personnes âgées tout au long du continuum de soins. Revue canadienne sur le vieillissement, 40(2), 206-223. https://doi.org/10.1017/S0714980820000112

Mazzucato, M. (2018). L’État entrepreneur : démystification des mythes opposant secteur public et secteur privé (Édition mise à jour). Penguin Books.

Conseil national de recherches Canada. (9 mars 2026). Nouveaux programmes pour soutenir la stratégie industrielle de défense du Canada [Communiqué de presse]. Gouvernement du Canada.

Naylor, CD, et al. (2017). Investir dans l’avenir du Canada : Renforcer les fondements de la recherche canadienne (Revue des sciences fondamentales). Gouvernement du Canada.

Centre d'excellence SHIELD en cybersécurité automobile. (2026) Université de Windsor. https://www.shieldautocybersecurity.com/

En savoir plus sur l'auteur(s)

Shanthi Johnson, PhD, RD, FDC, FACSM, FGSA

Université de Windsor

Professeur et vice-président à la recherche et à l'innovation