Hannah Rahim
2024
La biographie:
Hannah est associée au Boston Consulting Group et s'intéresse aux intersections entre la santé de la population, la gestion et la justice sociale. Elle a obtenu son baccalauréat en sciences de la santé à l'Université de Calgary en tant que boursière Schulich Leader, recevant le prix du président pour l'excellence en leadership étudiant et la médaille d'or de la Cumming School of Medicine lors de l'obtention de son diplôme en 2020. Au cours de ses études, elle a mené plusieurs projets de recherche en santé sur des sujets tels que le tourisme de naissance, le cannabis médical et l'immunologie des transplantations et a publié des articles évalués par des pairs dans des revues universitaires.
Hannah est passionnée par l’impact social et a été PDG de STEM Fellowship, une association caritative nationale qui œuvre pour accroître la diversité et l’innovation pédagogique dans les domaines STEM par le biais du mentorat et de l’apprentissage expérientiel. Elle a également effectué un stage au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, où elle a mené des recherches sur les droits à l’eau et à l’assainissement.
Inspiration de la proposition :
J’ai été inspirée à proposer des recommandations politiques concernant la crise du suicide chez les Autochtones, car il s’agit de l’une des nombreuses conséquences à long terme du génocide culturel des peuples autochtones au Canada. Les récentes découvertes de plus de 1,300 XNUMX tombes anonymes sur les sites de quatre anciens pensionnats du Canada sont un rappel poignant des abus généralisés et systématiques infligés aux peuples autochtones pendant la colonisation. Ce traitement répréhensible des peuples autochtones contredit les principes du multiculturalisme que les Canadiens valorisent en tant qu’élément de notre identité nationale. La crise du suicide chez les Autochtones est d’une importance cruciale, car elle reflète l’échec du Canada à corriger les injustices passées envers les communautés autochtones.
Besoin/Possibilité d'action :
La colonisation des peuples autochtones a laissé derrière elle un héritage de violence et d’abus, une réduction de la cohésion sociale et de l’identité collective, une perte de la langue et de la culture, une fragmentation des structures politiques et économiques et une transmission intergénérationnelle des traumatismes [1–3]. Ces expériences se sont accompagnées de profondes inégalités socioéconomiques en matière de revenus, d’opportunités d’emploi, de logement et de sécurité alimentaire, ainsi que d’un racisme systémique omniprésent [2,4–6]. En raison de ces facteurs, les populations autochtones ont les plus mauvais résultats en matière de santé au Canada [7].
Le suicide est l’une des principales causes de décès chez les Premières Nations, les Métis et les Inuits, les principaux groupes autochtones du Canada [8]. Le taux de suicide est trois fois plus élevé chez les Premières Nations, deux fois plus élevé chez les Métis et neuf fois plus élevé chez les Inuits, par rapport à la population générale du Canada [1]. Les jeunes des Premières Nations sont confrontés à un taux de suicide cinq à sept fois plus élevé que les jeunes non autochtones, tandis que le taux de suicide chez les jeunes Inuits est onze fois plus élevé que la moyenne nationale [9]. 24 % des Premières Nations vivant hors réserve, 23.5 % des Inuits et 19.6 % des Métis ont déclaré avoir déjà eu des pensées suicidaires [10].
Français La littérature existante démontre que le suicide dans les populations autochtones canadiennes est associé à un désavantage socioéconomique [8,11] à des perturbations de la vie familiale [11,12] à un stress culturel (y compris la perte de terres, la suppression des systèmes de croyances, le racisme et l'affaiblissement des institutions sociales) [11], à des antécédents de maltraitance [13-15], à la dépression et à la détresse psychologique [12,14-18] et à la toxicomanie [13,14,17,19,20]. L'exposition familiale au système des pensionnats a été fortement associée à une moins bonne santé autoévaluée et à une fréquence accrue de tentatives de suicide [21-23]. Des facteurs de protection contre le suicide ont également été identifiés, notamment la continuité culturelle [24], la chasse [15], la fréquentation fréquente de l'église [13,17] et la réussite scolaire [13]. Il a été démontré que les facteurs contextuels, culturels, structurels et sociaux ont un impact plus important sur les suicides autochtones que les facteurs individuels, mais les approches de prévention prédominantes continuent de se concentrer sur ces derniers [11,19,25].
Chandler et Lalonde [24,26] ont découvert une grande variabilité entre les taux de suicide chez les Premières Nations de la Colombie-Britannique : certaines communautés n’ont connu aucun suicide sur une période de 14 ans, tandis que d’autres ont connu des taux jusqu’à 800 fois supérieurs à la moyenne nationale. Les auteurs ont observé une corrélation inverse entre les taux de suicide et l’implication de la communauté dans des pratiques visant à préserver l’identité culturelle [24,26]. Ils ont suggéré que lorsque la culture d’un groupe est menacée, la perte des valeurs communes et des liens avec le passé qui en résulte peut diminuer l’engagement d’un individu envers son bien-être futur, ce qui peut augmenter le risque de suicide [24,26]. D’autres études comparant les communautés autochtones du Canada pour identifier les facteurs de protection contre le suicide sont nécessaires pour valider ces résultats et comprendre comment ils peuvent éclairer les interventions de prévention du suicide. Bien que de nombreux articles mentionnent le suicide comme un problème dans les communautés autochtones, il existe un manque de connaissances concernant les interventions culturellement pertinentes qui peuvent résoudre le problème [27].
Bien que quelques études aient utilisé des méthodes qualitatives telles que des groupes de discussion ou des entretiens semi-structurés [18,19,28,29], la majorité de la littérature consiste en des enquêtes épidémiologiques utilisant des enquêtes ou des dossiers médicaux pour quantifier la force des corrélations entre les taux de suicide et divers facteurs de risque [12–17,20]. Le suicide est souvent étudié sous l’angle biologique en tant que problème psychiatrique résultant de causes qui existent chez les individus [11,30]. Cette conception du suicide comme un problème personnel est en contradiction avec les valeurs autochtones d’interdépendance avec leur communauté, leurs ancêtres et leur environnement et ne tient pas compte de la manière dont le suicide est façonné par des facteurs situationnels et sociaux, notamment l’histoire, la politique, l’identité, la culture et le pouvoir [11,29,31,32].
La littérature manque également de récits sur les perspectives autochtones en matière de continuité personnelle et culturelle, de stratégies d’atténuation du suicide adaptées à la culture et de moyens par lesquels la guérison traditionnelle peut réduire la prévalence du suicide. L’un des rares articles de recherche rédigés par un auteur autochtone souligne que la notion dominante du suicide comme conséquence directe de la maladie mentale occulte l’impact de la violence structurelle et des problèmes sociétaux sur la crise du suicide [11,33].
Action proposée :
Le suicide dans les communautés autochtones doit être reconnu comme une priorité de santé publique et des ressources comparables à celles allouées à d’autres problèmes majeurs de santé publique doivent être allouées [34]. En particulier, des politiques devraient être adoptées pour soutenir le financement de la recherche sur la prévention du suicide dans une optique qui amplifie les voix des communautés autochtones. Bien que les cadres de politique de santé autochtone au Canada aient reconnu l’importance des dimensions structurelles du suicide dans les communautés autochtones, la plupart des approches de recherche n’ont pas encore pris en compte ces dimensions [11].
De nombreuses interventions dans les communautés autochtones placent des professionnels de la santé externes dans des positions d'autorité paternaliste, menaçant l'autonomie et l'autodétermination des communautés [35]. Ces interventions déresponsabilisent les communautés et l'imposition de systèmes de connaissances occidentaux rappelle les efforts coloniaux [35]. Pour garantir que les interventions futures respectent les priorités, les approches et les systèmes de connaissances des communautés, il est essentiel de mener des recherches plus approfondies sur le suicide dans les communautés autochtones.
Il est recommandé d'utiliser la recherche phénoménologique comme outil pour explorer la façon dont les participants autochtones perçoivent la santé mentale dans leurs communautés et pour comprendre le rôle de la culture et des connaissances autochtones dans la lutte contre la crise du suicide. La phénoménologie est une forme de recherche qualitative qui cherche à comprendre les expériences vécues par les individus, en mettant l'accent sur la signification subjective d'une expérience pour un groupe de personnes plutôt que sur des résultats généraux et généralisables [36,37]. La phénoménologie peut être utile pour comprendre le suicide dans le contexte socioculturel des communautés autochtones plutôt que de s'appuyer sur des cadres biopsychosociaux standard [11]. La phénoménologie peut également permettre de se concentrer sur les histoires et les points de vue personnels des participants autochtones, en dehors des connaissances et des hypothèses existantes des chercheurs [36,37].
Les perceptions autochtones de la santé sont holistiques, intégrant la santé mentale, physique, émotionnelle et spirituelle ainsi qu’une interconnexion avec la nature [29,31,32,38]. Les approches phénoménologiques seront utiles pour saisir la multidimensionnalité des expériences autochtones, à une profondeur impossible à atteindre avec les approches réductionnistes utilisées dans les études épidémiologiques précédentes sur le suicide [25]. En raison de l’utilisation de la narration orale comme méthode de saisie des données, les approches phénoménologiques s’alignent également sur les traditions de partage des connaissances autochtones [37].
Les approches phénoménologiques offrent la possibilité d’étudier comment les facteurs de protection en amont, comme la continuité culturelle, peuvent atténuer le suicide. Mettre en évidence ces caractéristiques positives des communautés à faible taux de suicide peut faciliter la création d’interventions basées sur les forces existantes des communautés. Cette approche fondée sur les forces s’aligne sur les constructions de santé autochtones fondées sur les forces [39].
À la lumière de l’histoire honteuse du Canada en matière de recherche contraire à l’éthique sur les peuples autochtones [40], il est impératif que les initiatives de recherche soient élaborées dans le cadre de partenariats à long terme avec les communautés autochtones. Des politiques visant à garantir une conduite éthique de la recherche et à donner aux communautés autochtones la propriété de leurs données seront essentielles pour éclairer cette recherche. Les cadres existants tels que le Continuum du bien-être mental des Premières Nations [41] devraient être pris en compte lors de la conception des approches de recherche. De plus, les modèles de financement actuels qui exigent une affiliation institutionnelle pour recevoir un financement constituent un obstacle pour les organisations autochtones qui souhaitent obtenir du financement. Les lignes directrices en matière d’admissibilité devraient être modifiées pour garantir un accès équitable au financement de la recherche pour les organisations autochtones [42].
En résumé, la recherche phénoménologique visant à comprendre le suicide dans le contexte de la culture et des expériences autochtones est essentielle pour s’attaquer à la crise du suicide. Les inégalités flagrantes dans les résultats en matière de santé des autochtones persisteront à moins que nous ne changions le statu quo de la recherche sur le suicide autochtone.


