Jessica Kolopenuk

2018

Lauréat du prix Jeunesse

La biographie:

Jessica Kolopenuk (Crie, Première Nation Peguis) est candidate au doctorat au Département de science politique de l’Université de Victoria. Son projet de doctorat, The Science of Indigeneity: DNA Beyond Ancestry, est une étude sur la façon dont, au Canada, les biotechnologies génomiques influencent les définitions de l’indigénéité dans les domaines de la science médico-légale, de la recherche biomédicale et de l’anthropologie physique. Elle identifie les espaces productifs où les peuples autochtones peuvent intervenir pour gouverner les sciences génétiques qui affectent leur corps, leurs territoires et leurs peuples. Jessica a récemment occupé le poste de professeure adjointe à la Faculté des études autochtones de l’Université de l’Alberta (UofA). Au cours des deux dernières années, elle a participé au co-développement du programme de recherche et de formation en sciences, technologies et sociétés autochtones à l’UofA, qui vise à soutenir la littératie et les capacités scientifiques des peuples autochtones. De plus, Jessica est co-organisatrice du stage d’été pour les peuples autochtones en génomique au Canada (SING Canada).

Inspiration de la proposition :

« L’héritage de la violence fondée sur le genre se transmet dans ma famille comme dans d’autres familles autochtones qui ont subi des traumatismes historiques et interpersonnels associés au colonialisme. Mais ce qui est moins connu du monde extérieur, ce sont les héritages de force, de résilience et d’amour qui se transmettent également de génération en génération. L’amour que j’ai reçu et celui que j’ai pour ma mère et ma grand-mère, les femmes de ma famille et toutes celles qui ont subi des violences physiques et sexuelles m’inspirent pour écrire cette proposition. En imaginant une solution productive qui contribue à mettre fin aux systèmes de violence, cette proposition est un signe d’endurance qui marque notre refus collectif d’être entièrement définis par la victimisation. »

Besoin/Possibilité d'action :

Au Canada, il y a 1,181 1 cas confirmés de femmes autochtones disparues ou assassinées [1]. Comparativement aux autres Canadiens, les femmes autochtones sont plus susceptibles de subir des violences au cours de leur vie ; elles sont plus susceptibles de mourir des suites de ces violences ; et leurs homicides sont plus susceptibles de ne pas être résolus [2]. Les recherches internationales, fédérales, provinciales et autochtones concluent que la victimisation des femmes, des filles et des personnes 2SLGBTQ (bispirituelles, lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres et queer) autochtones est systématiquement liée à l'histoire des politiques de discrimination fondées sur la race et le genre du Canada à l'encontre des peuples autochtones [3, 4, 5, 6, 7, 8]. Les recherches universitaires ont montré que la privation légale des droits des femmes autochtones et de leurs descendants de leurs communautés par le biais des règles sexistes d'inscription de la Loi sur les Indiens, accompagnée d'une marginalisation socio-économique, est liée à la violence physique et sexuelle à leur encontre [9, 10, 11, 12, 13, 14, XNUMX]. Pour de nombreux Canadiens, ces réalités sont tristes. Pour les peuples autochtones, elles marquent la perte dévastatrice de leurs proches qui ne reviendront peut-être jamais à la maison.

À l’échelle mondiale, l’analyse et la mise en banque de données de l’ADN sont intégrées aux systèmes de gouvernance modernes. Comme l’écrit le Dr Frederick Bieber, membre du comité consultatif de la Banque nationale de données génétiques du Canada, « la plupart des pays industrialisés collectent désormais des échantillons biologiques sur les scènes de crime et auprès des personnes reconnues coupables de crimes graves pour les intégrer aux banques de données génétiques gouvernementales » [15]. En outre, les gouvernements utilisent le profilage génétique médico-légal pour « rechercher des personnes disparues et pour réunir des restes humains à la suite d’une catastrophe de grande ampleur ou d’une guerre » [15]. À l’échelle internationale, des projets d’identification à grande échelle basés sur l’ADN ont été conçus pour, par exemple, retrouver les 8960 1976 personnes disparues tuées pendant la dictature militaire en Argentine de 1983 à 16 [1996]. De même, à la suite du conflit qui a suivi l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la Commission internationale des personnes disparues (CIPD) a été créée en 30,000 pour identifier les plus de XNUMX XNUMX personnes disparues. Ces projets ont créé un précédent mondial : des efforts coordonnés massifs pour identifier de manière médico-légale les personnes disparues et assassinées sont possibles. Une approche autochtone pour identifier les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées est également possible.

En 2015, le gouvernement fédéral a annoncé le lancement de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Un an plus tôt, le 16 décembre 2014, le Programme national d’ADN des personnes disparues (PNAD) du Canada a été légalisé après l’adoption par le Parlement du projet de loi C-43, Loi no 2014 sur le plan d’action économique de 2. En ajoutant trois nouveaux fichiers humanitaires à la Banque nationale de données génétiques préexistante, le PND fait partie d’un effort du gouvernement fédéral visant à normaliser le profilage génétique et à coordonner l’organisation des données génétiques pour toutes les personnes disparues au Canada. De plus, les acteurs politiques canadiens ont présenté le PND comme une réponse à la fois préventive et a posteriori à la violence contre les femmes et les filles autochtones [4, 5, 17]. Jusqu’à présent, cependant, il n’y a pas eu de relation de gouvernement à gouvernement entre les peuples autochtones et le Canada dans la gouvernance du PND. De plus, l’Enquête nationale n’a pas ciblé la politique sur l’ADN médico-légal comme domaine de recherche. Il s’agit d’occasions manquées qui, si elles étaient saisies, pourraient améliorer les efforts politiques existants visant à identifier les FFADA et à condamner leurs auteurs.

Les domaines de la science, de la politique et du droit continuent d’être définis par des déséquilibres de pouvoir dans lesquels les peuples autochtones n’ont pas le contrôle gouvernemental des domaines politiques qui les concernent [18, 19]. N’ayant pas conçu le MPP, les organisations autochtones se montrent prudentes quant à son efficacité. En 2014, l’Assemblée des Premières Nations (APN) a averti qu’elle se méfiait des motivations du gouvernement pour la collecte et la préservation de l’ADN des peuples autochtones [20]. En tant que question de politique nationale, la conception, le fonctionnement et le contrôle du MPP nécessitent une consultation, un consentement et une collaboration continus avec les peuples autochtones si l’on veut éviter qu’il ne devienne une forme de paternalisme contemporain qui a historiquement imprégné l’élaboration des politiques coloniales.

Action proposée :

Les solutions politiques visant à identifier les femmes autochtones disparues et assassinées et à condamner leurs auteurs doivent être élaborées avec, par et pour les peuples, les nations, les organisations et les familles autochtones. Cette proposition ne se contente donc pas d’offrir une réponse normative. Elle propose plutôt une voie vers la coproduction de politiques par la coopération de multiples intervenants. Cette approche de création de politiques peut renforcer l’efficacité d’un MPP culturellement sûr pour les peuples autochtones tout en renforçant les relations entre le gouvernement fédéral et les peuples autochtones. Certaines mesures initiales claires peuvent être prises pour entamer ce processus.

1. Représentation autochtone significative au sein du Comité consultatif de la Banque nationale de données génétiques.
Le Comité consultatif de la Banque nationale de données génétiques, nommé par le Solliciteur général du Canada, veille à l'efficacité et à l'efficience de la Banque de données. Le Comité est composé d'experts des domaines juridique, scientifique, policier et bioéthique. Il n'y a actuellement aucune représentation autochtone au sein du Comité consultatif de la BNDG. Étant donné que la création du MPP a notamment été motivée par la prise en compte de la question des femmes autochtones disparues et assassinées, le Comité consultatif de la BNDG devrait compter une représentation autochtone. Le pourcentage de membres autochtones au sein du Comité devrait être déterminé en consultation et en accord avec les organisations de femmes autochtones concernées, notamment l'Association des femmes autochtones du Canada, Pauktuutit Inuit Women of Canada et Les Femmes Michif Otipemisiwak / Women of the Métis Nation.

2. Élaboration de protocoles de manipulation de l'ADN culturellement pertinents
Il existe des façons culturelles distinctes de comprendre l'ADN [21, 22]. Comme l'a exprimé le regretté généticien Hopi, le Dr Frank Dukepoo : pour de nombreuses cultures autochtones, l'ADN a une signification physique et spirituelle – le matériel génétique, même séparé du corps, reste une partie de la personne entière [23, 24]. Pour s'adapter aux avancées de la gouvernance basée sur l'ADN, les peuples autochtones du monde entier ont développé des politiques culturellement cohérentes liées à l'utilisation de l'ADN. En Aotearoa/Nouvelle-Zélande, par exemple, les Lignes directrices pour l'élimination et la conservation des échantillons et des spécimens ont été élaborées : des protocoles maoris culturellement sûrs pour la manipulation et la destruction de l'ADN [23]. En collaboration avec les organisations autochtones locales, provinciales/territoriales et nationales, la NDDB devrait élaborer des protocoles facultatifs pour les familles autochtones qui consentent à l'inclusion de leur ADN ou de celui de leur proche dans le MPP. Ce changement de politique ferait du Canada un chef de file mondial en matière d’approche réconciliatrice en matière de politique d’ADN médico-légal.

3. Coordination de la recherche et de la pratique entre l'Enquête nationale et le MPP
L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées a été prolongée jusqu’en avril 2019, date à laquelle elle doit rendre son rapport final. À l’heure actuelle, l’Enquête nationale n’a pas publiquement identifié la gouvernance du MPP et la collecte, le profilage et la mise en banque de données sur l’ADN des femmes, des filles, des personnes 2SLGBTQ autochtones et des membres de leur famille comme une priorité de recherche. Alors que les politiques et pratiques médico-légales parrainées par le gouvernement s’orientent de plus en plus vers la collecte et le profilage de l’ADN, les peuples autochtones ne doivent pas être laissés pour compte. En consultation avec la BNDG et le Centre national des personnes disparues et des restes non identifiés (CNPDRN) ainsi que dans le cadre de ses consultations continues avec les institutions, les experts et les communautés, l’Enquête nationale devrait inclure l’examen des approches médico-légales de l’ADN pour l’identification des FFADA. L’Enquête pourrait examiner comment la politique médico-légale actuelle peut être utilisée ou améliorée pour condamner les délinquants.

1. Gendarmerie royale du Canada. 2014. Femmes autochtones disparues et assassinées : aperçu opérationnel national. Consulté à l'adresse http://www.rcmp-grc.gc.ca/fr/femmes-autochtones-disparues-et-assassinées-apercu-operationnel-national#sec1
2. Amnesty International. 2004. Sœurs volées : Une réponse des droits de la personne à la discrimination et à la violence contre les femmes autochtones au Canada. Consulté à l'adresse https://www.amnesty.ca/sites/amnesty/files/amr200032004enstolensisters.pdf
3. Amnesty International. 2009. Adieu aux sœurs volées : La nécessité d'une réponse globale à la discrimination et à la violence contre les femmes autochtones au Canada. Consulté à l'adresse https://www.amnesty.ca/sites/amnesty/files/amr200122009fr.pdf
4. Gouvernement du Canada. 2014. Plan d'action pour contrer la violence familiale et les crimes violents envers les femmes et les filles autochtones. Récupéré de https://www.swc-cfc.gc.ca/fun-fin/ap-pa/action-fra.pdf
5. Oppal, Wally T. 2012. Forsaken : Rapport de la Commission d'enquête sur les femmes disparues. Colombie-Britannique, Canada.
6. Assemblée des Premières Nations. 2012. Action coordonnée et urgente pour mettre fin à la violence contre les femmes et les filles autochtones – Vers un plan d’action national. Consulté à l’adresse https://www.afn.ca/uploads/files/misssing_and_murdered_indigenous_women/afnendviolencepaper-naws.pdf
7. Association des femmes autochtones du Canada. 2009. La voix de nos sœurs par l'esprit : Rapport aux familles et aux communautés, 2e éd. Canada. Consulté à l'adresse https://www.nwac.ca/wp-content/uploads/2015/05/NWAC_Voices-of-Our-Sisters-In-Spirit_2nd-Edition_March-2009.pdf
8. Barker, Joanne. 2016. Critically Sovereign: Indigenous Gender, Sexuality, and Feminist Studies. Durham : Duke University Press.
9. Hunt, Sarah. 2015/2016. « Représenter la violence coloniale : la traite, le travail du sexe et la violence de la loi. » Atlantis, 37.2 (1), 25-39.
10. Altamirano-Jiménez, Isabel. 2013. Rencontres autochtones avec le néolibéralisme : lieu, femmes et environnement au Canada et au Mexique. Vancouver, C.-B. : University of British Columbia Press.
11. Goeman, Mishauna. 2013. Mark My Words : les femmes autochtones cartographient nos nations. Minneapolis et Londres : University of Minnesota Press.
12. Kuokkanen, Rauna. 2008. « La mondialisation comme violence racialisée et sexualisée ». Revue internationale féministe de politique, 10(2), 216-233.
13. Lawrence, Bonita et Kim Anderson. 2005. « Introduction à « Les femmes autochtones : l’état de nos nations ». Atlantis, 29(2), 1-10.
14. Young, Alannah Earl et Denise Nadeau. 2005. « Décoloniser le corps : restaurer la vitalité effrayante. » Atlantis 29(2), 1-13.
15. Bieber, Frederick R. 2006. « Transformer les coups sûrs en points mérités : améliorer l’efficacité des programmes de banques de données génétiques médico-légales. » Journal of Law, Medicine & Ethics, (été), 222-233.
16. Corach, D., Sala, A., Penacino, G., Iannucci, N., Bernardi, P., Doretti, M.,…Hagelberg, E. 1997. « Approches supplémentaires du typage ADN des restes squelettiques : la recherche des personnes « disparues » tuées pendant la dernière dictature en Argentine. » Electrophoresis, 18, 1608-1612.
17. Rabson, Mia. 2014 août 28. Le ministre de la Justice rejette l'enquête alors que les premiers ministres acceptent de participer à une table ronde. Winnipeg Free Press. Récupéré de https://www.winnipegfreepress.com/local/yet-another-study-not-needed-272988601.html
18. Commission de vérité et réconciliation du Canada. 2015. Honorer la vérité, réconcilier pour l'avenir : résumé du rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada. Winnipeg : Commission de vérité et réconciliation du Canada.
19. Commission royale sur les peuples autochtones du Canada. 1996. Par-delà les clivages culturels : Rapport sur les peuples autochtones et la justice pénale au Canada. Ottawa : Commission royale sur les peuples autochtones.
20. Blaze Carlson, Kathryn. 2014 juillet 27. Le Canada travaille à la création d'une banque nationale de données génétiques sur les personnes disparues. The Globe and Mail. Récupéré de https://www.theglobeandmail.com/news/national/without-a-trace/article19800319/
21. Claw, Katrina G., Matthew Z. Anderson, Rene L. Begay, Krystal S. Tsosie, Keolu Fox, Stage d'été pour le consortium des peuples autochtones en génomique (SING), et Nanibaa' A. Garrison. 2018. « Un cadre pour améliorer la recherche éthique en génomique avec les communautés autochtones. » Nature Communications, 9(2957), 1-7.
22. Sahota, PC 2014. « Fragmentation corporelle : points de vue des membres de la communauté amérindienne sur la disposition des échantillons dans la recherche biomédicale/génétique. » AJOB Empir. Bioeth. 5, 19-30.
23. Petit, Charles. 19 février 1998. « Essayer d’étudier les tribus tout en respectant leurs cultures / Un généticien indien Hopi peut voir les deux côtés. » San Francisco Chronicle, consulté à l’adresse https://www.sfgate.com/news/article/Trying-to-Study-Tribes-While-Respecting-Their-3012825.php
24. Arbour, Laura et Doris Cook. 2006. « ADN prêté : questions à prendre en compte lors de la réalisation de recherches génétiques auprès de familles et de communautés autochtones. » Community Genet, 9, 153-160.
25. Cunningham, E., V. Cameron, J. Evans, V. Irvine, S. Pitama et P. Robertson. 2007. « Élaboration de lignes directrices pour la manipulation d’échantillons et de spécimens collectés pour la recherche impliquant des Maoris. » New Zealand Medical Journal 120(1264), 117-119.

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.