L’intégration des sciences dans les situations d’urgence : instaurer la confiance du public envers les mesures de santé publique canadiennes

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Auteur:

Pamela Ponic, docteure en philosophie

L'Agence de la santé publique du Canada

Directeur général, Sciences appliquées en santé publique, Direction de l'intégration des sciences et des politiques

Sarah Viehbeck, docteure en philosophie

L'Agence de la santé publique du Canada

Directeur scientifique

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

En temps de crise, les Canadiens se tournent vers leurs institutions de santé publique non seulement pour obtenir des conseils, mais aussi pour s’assurer que les avis et les décisions sont fondés sur des données probantes. La pandémie de COVID-19 a constitué une épreuve sans précédent, révélant les forces et les faiblesses de notre écosystème scientifique national. Aujourd’hui, alors que nous traversons une ère marquée par des menaces sanitaires mondiales, des urgences climatiques et une évolution rapide du paysage informationnel, l’impératif d’intégrer et de coordonner les fonctions scientifiques à travers les disciplines, les secteurs et les institutions est plus crucial que jamais.

En décembre 2024, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) a publié sa Stratégie scientifique : Promouvoir la santé, le bien-être et l’équité par la science, traçant ainsi une vision inclusive et tournée vers l’avenir de sa contribution à la science en santé publique¹. Fondée sur les principes d’équité, de transparence et de collaboration, la Stratégie guide l’Agence dans la réalisation de sa mission d’améliorer la santé de toutes les personnes et de toutes les collectivités au Canada en répondant aux priorités de santé publique par la science, l’innovation, la prestation de services et la collaboration. Elle accorde une priorité explicite à l’intégration de la science dans les efforts de préparation, d’intervention et de rétablissement en cas d’urgence de santé publique, en tirant les leçons de la pandémie de COVID-19 et en renforçant la résilience face aux nouvelles menaces. La Stratégie scientifique de l’ASPC renforce non seulement l’engagement de l’Agence envers l’excellence scientifique, mais elle fait également de l’intégration de la science en situation d’urgence un impératif pour bâtir et maintenir la confiance du public.

Qu'est-ce que l'intégration des sciences ?

L’intégration des sciences vise à bâtir un écosystème de santé publique coordonné et réactif qui facilite la création et le transfert des connaissances. Elle commence par la mise en place et le maintien d’éléments fondamentaux : le personnel de santé publique, les infrastructures scientifiques et de recherche de base, la gouvernance, les politiques et la législation, qui sont prêts à être rapidement mobilisés. À l’Agence de la santé publique du Canada, nous concrétisons l’intégration des sciences par cinq fonctions scientifiques essentielles :

  • Synthèse des données probantes : rassembler les résultats de différentes études afin de constituer un recueil complet et contextualisé des connaissances actuelles.
  • Priorisation de la recherche : identifier et réidentifier les lacunes en matière de connaissances afin de répondre aux questions les plus importantes pour l'action en santé publique, à mesure que les besoins en matière de préparation et de réponse évoluent et que les données probantes s'accumulent.
  • Recherche axée sur les priorités : accélérer le déploiement des financements et des processus de recherche internes pour combler les lacunes fondamentales en matière de connaissances et assurer la liaison avec les bailleurs de fonds de recherche externes pour faire de même, sans compromettre l’éthique ni l’équité.
  • Conseils scientifiques : Traduire les données probantes et l’expertise en options concrètes, recommandations et orientations stratégiques pour les décideurs.
  • Prise de décision fondée sur des données probantes : Intégrer les connaissances scientifiques, techniques et contextuelles dans les politiques et les actions.

Ces fonctions constituent des aspects itératifs et complémentaires d'un système de données probantes vivant. Les lacunes identifiées par les synthèses de données probantes orientent les priorités de recherche afin de stimuler la production de nouvelles données. Les structures consultatives, composées d'experts de différents secteurs et juridictions, s'appuient sur leur expertise, leurs modes de connaissance et leur expérience vécue pour interpréter l'évolution des données probantes et combler les lacunes, et ainsi éclairer la prise de décision dans un contexte en constante mutation.

La coordination repose essentiellement sur la mobilisation de tous les secteurs, des agences fédérales et provinciales aux gouvernements et organisations autochtones, en passant par les réseaux universitaires, l’industrie, les fournisseurs de soins de santé et les communautés. Elle implique d’intégrer diverses perspectives et modes de connaissance, de déployer des méthodologies normalisées mais flexibles, et d’évaluer et de réévaluer les données probantes au fur et à mesure que les situations d’urgence évoluent.

Pourquoi l'intégration des sciences est importante en situation d'urgence

L’efficacité des interventions d’urgence repose sur des décisions opportunes, pertinentes et fondées sur des données probantes. Il ne s’agit pas d’expertises cloisonnées, mais d’une orchestration des connaissances – de l’épidémiologie et de la génomique aux sciences comportementales, en passant par l’analyse des politiques et la mobilisation communautaire. Les analyses des interventions canadiennes face à la pandémie ont souligné l’importance de la coordination des fonctions scientifiques clés lors des interventions d’urgence.<sup>2,3,4</sup> Faute d’une coordination adéquate, la fragmentation des fonctions scientifiques peut entraîner des interventions lentes, incohérentes et parfois inéquitables, ainsi que des doublons et un gaspillage des ressources. Des systèmes scientifiques intégrés et coordonnés sont plus agiles et capables de mobiliser les connaissances à la vitesse et à l’échelle requises par les crises modernes.

La stratégie scientifique de l’ASPC présente une vision large et inclusive de la science qui englobe diverses approches épistémologiques et de multiples modes de connaissance. L’intégration de ces différents modes de connaissance est essentielle à l’intégration de la science dans les situations d’urgence, chacun offrant une perspective unique sur le risque, la préparation, l’intervention, la résilience et le rétablissement.1

Enfin, l’intégration n’est pas seulement un défi technique ; c’est un impératif éthique. La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les inégalités de santé auxquelles sont confrontées les populations marginalisées et mal desservies. La recherche coordonnée doit intégrer explicitement les principes d’équité, de diversité et d’inclusion, en s’attaquant aux facteurs sociaux et structurels des disparités, afin que la prise de décision fondée sur des données probantes soit contextuellement pertinente et inclusive.

Instaurer la confiance par l'intégration des sciences

La confiance envers les institutions de santé publique est essentielle à une réponse efficace aux situations d'urgence, mais elle doit être encouragée dans le cadre de la préparation aux situations d'urgence. Le public est plus enclin à suivre les recommandations de santé publique, telles que les recommandations vaccinales, lorsqu'il a confiance dans le fait que les décisions reposent sur des données scientifiques transparentes et fiables.⁵ De nombreuses enquêtes nationales démontrent un lien clair entre la confiance envers les institutions et les résultats en matière de santé publique.⁵,⁶,⁷ Par exemple, les personnes qui font confiance au gouvernement fédéral sont plus de deux fois plus susceptibles de déclarer qu'elles se feront vacciner lors d'une future pandémie.⁵

Mais la confiance est fragile. Ces dernières années, on a constaté une érosion inquiétante de la confiance du public, alimentée en partie par la désinformation, la polarisation et la perception d’un manque de transparence dans les processus décisionnels. Les Canadiens veulent connaître non seulement les résultats, mais aussi le raisonnement et les données probantes qui sous-tendent les décisions, et bénéficier d’une plus grande transparence opérationnelle dans le fonctionnement du gouvernement.<sup>8,9</sup> Des études démontrent qu’expliquer comment et pourquoi les décisions sont prises, surtout en période d’incertitude, est plus efficace que de simplement diffuser les résultats. Le constat est clair : les institutions de santé publique doivent gagner la confiance du public grâce à une science coordonnée, ouverte et réactive.<sup>8</sup> La Stratégie scientifique de l’ASPC reconnaît cet impératif et intègre un engagement envers une communication scientifique ouverte, éthique et transparente comme fondement du maintien de la confiance du public.

La voie à suivre : concevoir pour la confiance

Pour que les Canadiens fassent confiance à leurs institutions de santé publique en temps de crise, ces institutions doivent mieux expliquer leur fonctionnement et leurs actions. Cela signifie :

  • Mettre en avant les avis d'experts fondés sur des preuves et faire preuve de transparence là où il n'existe pas de consensus scientifique.
  • S’appuyer sur des intermédiaires de confiance, tels que les professionnels de santé locaux, pour étendre sa crédibilité au sein des communautés.
  • Assurer la transparence scientifique et opérationnelle : non seulement le résultat, mais aussi la justification, le processus et les preuves qui sous-tendent les décisions.
  • Impliquer les communautés tôt et de manière significative dans la co-conception des solutions et le partage des expériences vécues.
  • Lutter de manière proactive contre la désinformation grâce à des campagnes de surveillance, de pré-désinformation et d'alphabétisation adaptées aux différents environnements informationnels.

L'intégration comme fondement de la résilience

Le système de santé publique canadien se trouve à la croisée des chemins. Il est essentiel de tirer les leçons des dernières années et de les intégrer à un écosystème scientifique robuste et intégré, prêt à faire face aux situations d’urgence. La coordination ne se résume pas à l’efficacité. Elle repose sur la confiance, la légitimité et le contrat social entre les institutions de santé publique et les collectivités qu’elles desservent. La Stratégie scientifique de l’ASPC définit un cadre permettant de promouvoir l’excellence scientifique et de soutenir un écosystème ouvert, réactif et axé sur l’équité, contribuant ainsi à la résilience du Canada face aux nouveaux défis.

Références

  1. Stratégie scientifique de l’ASPC 2024-2025 à 2029-2030. https://www.canada.ca/content/dam/phac-aspc/documents/services/publications/science-research-data/science-strategy-2024-2025-2029-2030/science-strategy-2024-2025-2029-2030.pdf
  2. Renforcer le recours aux sciences dans la gestion des urgences au Canada. https://science.gc.ca/site/science/sites/default/files/documents/Science_for_Emergency_Management.pdf
  3. Leçons tirées du SRAS : Renouveau de la santé publique. https://science.gc.ca/site/science/sites/default/files/documents/Science_for_Emergency_Management.pdf
  4. Il est temps d’agir : Rapport du groupe d’experts chargé de l’examen de l’approche fédérale en matière de conseils scientifiques et de coordination de la recherche sur les pandémies. https://www.canada.ca/content/dam/hc-sc/documents/corporate/about-health-canada/public-engagement/external-advisory-bodies/review-federal-approach-pandemic-science-advice-research-coordination/time-to-act/time-to-act.pdf
  5. Étude sur la confiance, l'information et les écosystèmes numériques (TIDES). https://publications.gc.ca/collections/collection_2025/bcp-pco/CP22-214-2024-1-eng.pdf
  6. Vague 1 de l’étude HABIT – Perspective nationale sur les résultats en matière de santé publique des Canadiens et les facteurs individuels, interpersonnels et systémiques. Gouvernement du Canada. https://impact.canada.ca/en/behavioural-science/habit/wave_1
  7. Dynamique de la confiance et équité en santé publique. https://www.trustinhealth.ca/findings
  8. Étude de cas sur la transparence opérationnelle. https://impact.canada.ca/en/reports/operational-transparency-case-study
  9. Ripamonti, JP (2024).  Information gouvernementale trimestrielle. Elsevier. Volume 41, numéro 3, Septembre.

Remerciements : les auteurs tiennent à remercier Sherrilee Bushell-Viau, Erin Dunn, Sara Harbord et David Wilkinson pour leur contribution.