La souveraineté vaccinale comme pilier de la stratégie industrielle de défense du Canada
Auteur:
Raywat Deonandan, Ph.D.

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.
L’expérience du Canada durant la pandémie de COVID-19 a révélé une vulnérabilité surprenante et inquiétante. Au cœur de cette crise mondiale, nous n’avions pas la capacité nationale de produire l’outil essentiel à la protection de notre population. Bien que les vaccins contre la COVID-19 aient été mis au point à une vitesse sans précédent, le Canada a dû fortement dépendre de la production étrangère et des chaînes d’approvisionnement mondiales déjà mises à rude épreuve pour s’y procurer. Cette dépendance est souvent perçue comme une lacune en matière de santé publique. Il serait peut-être plus juste de la considérer comme un échec de la préparation nationale.
Dans le nouveau contexte géopolitique, la capacité de vaccination doit être considérée comme une infrastructure stratégique. À l'instar des systèmes énergétiques ou des minéraux critiques, elle est essentielle à la résilience nationale. Un pays incapable de produire et de déployer rapidement des vaccins ne peut prétendre à une souveraineté pleine et entière.
Les vaccins sont généralement perçus soit comme des éléments du système de santé, soit comme des biens humanitaires à distribuer à titre caritatif, voire à instrumentaliser politiquement. Or, leur rôle est bien plus vaste. Comme nous l'avons constaté durant la pandémie, les vaccins assurent la continuité de l'activité économique, préservent l'emploi et peuvent même stabiliser les institutions en leur permettant de rester ouvertes et de maintenir leur personnel en activité. Pendant la crise de la COVID-19, les retards d'accès aux vaccins ont prolongé les restrictions sanitaires, aggravé les pertes économiques, mis à rude épreuve de nombreux systèmes et institutions sociales et révélé des inégalités et des tensions sociales latentes. Le rôle central des menaces biologiques dans la stabilité nationale a ainsi été mis en lumière : ces menaces ne sont pas seulement physiques, mais aussi sociales, émotionnelles, politiques et économiques.
Du point de vue de la défense, les événements biologiques peuvent compromettre les capacités nationales sans qu'il soit nécessaire de recourir à un conflit armé conventionnel. Cela est vrai que ces événements soient d'origine naturelle, accidentelle ou provoqués délibérément. Les forces armées ne peuvent opérer efficacement en présence d'une maladie infectieuse non maîtrisée, pas plus que les systèmes civils qui les soutiennent. Dans de tels contextes, la production de vaccins est essentielle au maintien de l'état de préparation.
Malgré ce constat, le Canada n’a toujours pas intégré la fabrication de vaccins à sa base industrielle de défense. Les politiques mises en œuvre demeurent essentiellement réactives et axées sur l’approvisionnement plutôt que sur la production. Les investissements réalisés pendant et après la pandémie ont légèrement amélioré la capacité nationale, mais ne se sont pas encore concrétisés en une stratégie cohérente à long terme. Les vaccins sont encore perçus comme des produits à acquérir en cas d’urgence, et non comme des capacités à pérenniser.
Cette approche contraste avec celle d'autres secteurs stratégiques. Les gouvernements soutiennent régulièrement le développement des capacités nationales dans des domaines comme l'énergie et les technologies (p. ex., les semi-conducteurs), reconnaissant que l'accès au marché ne garantit pas à lui seul la sécurité. Le même raisonnement s'applique à la bioproduction. La dépendance aux chaînes d'approvisionnement mondiales en période de forte demande engendre une vulnérabilité prévisible, les pays privilégiant leurs besoins nationaux et limitant leurs exportations. Rappelons que, durant la crise de la COVID-19, le Canada a dû recourir à COVAX, un programme mis en place pour assurer la distribution de vaccins aux pays les plus pauvres, afin de garantir son propre approvisionnement.
Les plateformes vaccinales modernes renforcent encore la nécessité d’une approche stratégique. La plateforme à ARNm est très adaptable, permettant des réponses rapides aux nouveaux pathogènes tout en favorisant les progrès en matière de thérapie anticancéreuse, de traitement des maladies rares et de biodéfense. Investir dans cette plateforme et d’autres ne constitue donc pas une simple dépense de santé, mais un moteur d’innovation plus vaste. D’autres pays, comme les États-Unis, l’Allemagne et le Royaume-Uni, ont intégré la bioproduction à leurs stratégies industrielles. Le Canada possède l’expertise scientifique requise pour participer à ce domaine, mais il lui manque l’intégration politique nécessaire à sa pérennité.
Le concept même de souveraineté doit évoluer pour tenir compte de ces réalités. Traditionnellement, la force nationale se mesurait à l’aune du contrôle territorial, des capacités militaires et de l’indépendance économique. Or, dans le nouveau paradigme, ces descripteurs sont insuffisants face aux menaces biologiques qui peuvent désormais perturber les sociétés à grande échelle. La préparation dépend non seulement des plans d’intervention, mais aussi de la capacité de concevoir et de diffuser rapidement et efficacement des contre-mesures. Faute de capacité nationale de vaccination, le Canada demeure vulnérable aux crises aiguës et aux menaces plus insidieuses, comme la résistance aux antimicrobiens et les changements climatiques affectant les schémas des maladies infectieuses.
Combler ce déficit ne requiert pas une autosuffisance totale, mais un investissement délibéré dans les capacités permanentes. Il est essentiel de maintenir les infrastructures, le personnel qualifié, la surveillance épidémiologique (pour évaluer le calendrier et la menace) et les cadres réglementaires entre les crises. Il convient de privilégier les plateformes de production flexibles afin de garantir l'adaptabilité, et les structures de gouvernance doivent harmoniser les objectifs de santé, d'innovation et de défense au sein d'une stratégie unifiée.
Les leçons tirées de la pandémie de COVID-19 sont nombreuses. Mais parmi elles, il y a cette constatation alarmante : en matière de risques biologiques, la dépendance est synonyme de vulnérabilité. Le Canada ne peut se prétendre résilient tout en externalisant les moyens de protéger ses citoyens.
En savoir plus sur l'auteur(s)
Raywat Deonandan, Ph.D.
l'Université d'Ottawa
Professeur agrégé

