Les ambitions du Canada en matière d'innovation reposent sur une ressource qui nous fait cruellement défaut : le talent.

Auteur:

Nadine Caron

Effrosyni Diamantoudi

Tim Evans

Annie-Kim Gilbert

Bev Holmes

Stephen Lucas

Caron
Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

Pour demeurer compétitif en sciences et en technologies, le Canada a besoin d’un plan national pour développer sa main-d’œuvre scientifique et veiller à ce que la recherche se traduise par des innovations concrètes.

Toute discussion sur l’avenir de l’innovation au Canada se résume à une vérité fondamentale : sans les personnes, rien ne bouge. La recherche stagne, le développement ralentit et les filières d’innovation s’assèchent. Bien que le Canada se classe au premier rang des pays de l’OCDE pour la proportion de personnes âgées de 25 à 64 ans ayant fait des études supérieures, il existe un décalage entre les compétences disponibles et celles nécessaires pour saisir les nouvelles opportunités. En 2024, ce déficit de compétences touchera 77 % des employeurs canadiens – contre 20 % en 2010 – freinant la croissance dans tous les grands secteurs.

À l'avenir, ce déficit risque de s'aggraver. La population canadienne en âge de travailler (15-64 ans) devrait croître d'environ 2.2 % par année – soit environ 590 000 personnes – pour maintenir le ratio de dépendance stable. Or, la croissance prévue n'est que de 1.5 % par année, ce qui creusera davantage l'écart.

L’impact est visible dans tous les secteurs essentiels. Le personnel de santé est déjà en pénurie, et le déficit de médecins de famille devrait atteindre près de 50 % au cours de la prochaine décennie. La mobilité électrique à elle seule nécessitera jusqu’à 400 000 nouveaux travailleurs d’ici 2035. L’industrie aérospatiale québécoise aura besoin de près de 65 000 nouveaux emplois d’ici 2035. Et dans le nord du Québec, le grand chef cri Paul John Murdoch appuie un plan visant à former 12 000 travailleurs qualifiés pour le traitement local des minéraux critiques. Multipliez ces pénuries par secteur, et la croissance stagne sans un investissement délibéré dans les ressources humaines.

Pour être compétitif à l’échelle mondiale, le Canada doit attirer du personnel hautement qualifié et des talents de haut niveau, en offrant un milieu où une main-d’œuvre diversifiée peut bâtir des carrières durables. Cela exige une stratégie nationale de gestion des talents qui articule l’éducation, la recherche, le financement, l’immigration et le développement industriel.

Trois priorités se dégagent.

Premièrement, fixez des objectifs clairs et quantitatifs. Le Canada doit savoir de combien de personnes il a besoin et dans quels domaines. Combien d’ingénieurs pour la durabilité énergétique ? Combien de spécialistes en IA, en cybersécurité ou en données ? Combien de travailleurs pour dynamiser le secteur de la santé ? Des cibles claires permettent de définir des chiffres et des échéanciers réalistes et d’élaborer des stratégies pour orienter les talents vers les régions qui en ont besoin, afin que la croissance profite à l’ensemble du Canada.

Deuxièmement, entraînez-vous plus vite et plus intelligemment. Le Canada ne peut se permettre un système de formation des talents lent et linéaire. La formation doit privilégier la pertinence plutôt que la quantité. De nombreux emplois exigent désormais une combinaison de compétences techniques et appliquées, et l’évolution technologique rehausse les exigences minimales, même pour les postes d’entrée de gamme. Le Canada risque de survaloriser les diplômes sans s’assurer qu’ils débouchent sur des emplois valorisants et accessibles. Les programmes qui mettent directement en relation les étudiants et les chercheurs avec l’industrie – comme ceux soutenus par Mitacs et MEDTEQ+ – montrent comment combler cet écart entre la théorie et la pratique.

La pédagogie doit développer les compétences du XXIe siècle de manière approfondie et diversifiée, et des programmes évolutifs sont essentiels. Les universités harmonisent déjà la formation avec la transformation : la recherche, combinée à l’expérience pratique en matière de durabilité, d’IA et d’électrification, définit l’économie numérique et sobre en carbone du Canada. Des microprogrammes d’études supérieures modulaires permettent aux Canadiens d’acquérir des compétences ciblées grâce à des cours de courte durée menant à des diplômes complets, rendant ainsi l’éducation accessible aux professionnels en activité et aux personnes en milieu de carrière. L’expansion de ces programmes permet aux universités, aux collèges, aux bailleurs de fonds et aux employeurs de co-créer des cursus qui évoluent au rythme des technologies et des besoins du marché.

Pourtant, le sous-emploi des jeunes demeure élevé – près de 14 % – et nombre d’entre eux occupent des emplois à temps partiel en deçà de leurs qualifications. Le Canada risque de créer une génération hautement qualifiée sans débouchés dans les secteurs moteurs de l’innovation. Des parcours clairs de la formation à l’emploi doivent faire partie intégrante de toute stratégie sérieuse.

Troisièmement, créez les conditions permettant aux gens de rester et de prospérer. Une rémunération concurrentielle est importante, tout comme l’accès aux infrastructures, aux installations de recherche et aux possibilités d’avancement professionnel. Les recrues internationales et leurs familles doivent pouvoir s’intégrer facilement et envisager un avenir à long terme au Canada. Des mesures incitatives pour encourager les Canadiens vivant à l’étranger à rentrer au pays peuvent tirer parti de leur expérience et de leurs réseaux pour renforcer l’innovation nationale. Cela comprend des stratégies visant à mobiliser les groupes sous-représentés dans les sciences et l’innovation, notamment les peuples autochtones. Il est essentiel de conjuguer le développement du potentiel national et l’attraction des talents internationaux.

Nous avons également besoin d'un environnement des affaires qui encourage l'investissement à long terme dans la R&D et le développement des capacités de croissance. Les crédits d'impôt, à eux seuls, n'ont pas permis de stimuler durablement l'intensité de la R&D privée ; les politiques doivent inciter les entreprises à investir, à se développer et à fidéliser les meilleurs talents, grâce à des mesures allant de l'approvisionnement et du co-investissement à la clarification de la réglementation et au soutien à la commercialisation.

Ce travail consiste notamment à redorer l’image du Canada comme destination de choix pour les talents internationaux. Les politiques d’immigration et de recherche doivent clairement indiquer que le Canada est ouvert, compétitif et prêt à investir dans celles et ceux qui choisissent d’y bâtir leur carrière.

Tout cela exige une coordination nationale. Sans elle, même les meilleures initiatives risquent de fonctionner en vase clos — efficaces localement, mais insuffisantes au niveau national.

Lors de la présentation du prochain budget fédéral, le premier ministre et le ministre des Finances devraient inclure une stratégie chiffrée visant à développer et à maintenir la main-d’œuvre canadienne en sciences et en innovation. Ce plan devrait fixer des objectifs clairs, accroître les capacités de formation, augmenter les investissements, moderniser l’immigration et créer des incitatifs permettant aux Canadiens et aux étrangers de contribuer pleinement.

Il faudrait privilégier les secteurs les plus essentiels à l’avenir du Canada – l’énergie propre, l’intelligence artificielle, l’aérospatiale, les soins de santé et le développement durable – où la main-d’œuvre qualifiée et le personnel hautement compétent détermineront si les ambitions nationales se traduisent par des progrès concrets. Les universités, les bailleurs de fonds et les partenaires industriels sont prêts à contribuer à la mise en œuvre d’une stratégie qui porte ses fruits.

Le talent seul ne garantit pas le succès, mais sans lui, le succès est impossible. Le Canada possède les idées, les institutions et la volonté. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’un plan et d’un engagement collectif à faire du talent notre principal investissement dans l’innovation.

Car sans cela, le progrès s'enraye avant même d'avoir commencé. Il est temps d'agir.

En savoir plus sur l'auteur(s)

Nadine Caron

Centre d'excellence de l'UBC en santé autochtone

Co-directrice

Effrosyni Diamantoudi

Université Concordia

vice-recteur intérimaire aux affaires académiques

Tim Evans

Université Concordia

Vice-président, Recherche, Innovation et Impact

Annie-Kim Gilbert

MEDTEQ+

Président-directeur général

Bev Holmes

Forum des bailleurs de fonds à impact

Conseillère principale

Stephen Lucas

PDG

Mitacs