Au-delà du double usage : repenser la défense, la sécurité et l'innovation au XXIe siècle
Auteur:
Mehrdad Hariri

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.
Alors que le Canada se prépare à accroître ses investissements dans la défense, il est important que notre gouvernement adopte une approche du XXIe siècle en matière de sécurité et de souveraineté, une approche définie non seulement par les navires et les sous-marins, mais aussi par la recherche, l’innovation et la capacité du pays à générer et à appliquer des connaissances.
Alors que le Canada s'engage sérieusement à tirer parti de la forte hausse des dépenses de défense au cours de la prochaine décennie pour façonner son avenir, deux principes peuvent guider sa politique d'investissement. Premièrement, les investissements dans la défense doivent servir de levier pour renforcer l'ensemble du système d'innovation du pays, le gouvernement fédéral devant établir des priorités stratégiques claires et lier la stratégie de défense à l'innovation et à la stratégie industrielle. Deuxièmement, la notion de technologies à « double usage », servant à la fois des fins militaires et civiles, doit être redéfinie pour le XXIe siècle. Ce double usage doit s'étendre à la santé, à l'alimentation, à la sécurité du cyberespace, à l'environnement, ainsi qu'à la production et à l'utilisation du savoir.
_La défense comme niveau d’écosystème d’innovation :
L'ampleur des investissements potentiels du Canada en matière de défense est énorme. Ottawa s'est engagé à porter les dépenses de défense à 3.5 % du PIB pour la capacité militaire et à 1.5 % pour les infrastructures connexes au cours de la prochaine décennie. Il convient de noter que la part du Canada dans les investissements en R-D de l'OTAN est parmi les plus faibles. Ce déséquilibre révèle un problème plus profond : nous dépensons des milliards pour acheter du matériel fabriqué à l'étranger tout en sous-investissant dans la base scientifique et technologique nationale qui maintient cet équipement utile, voire pertinent. Sans une solide base d'innovation, le Canada risque de devenir un consommateur, et non un créateur, de technologies stratégiques.
Le financement de la défense ne devrait pas se limiter à un budget d'approvisionnement pour les entreprises. Il devrait servir d'instrument politique à long terme, de moteur pour alimenter les investissements axés sur les missions dans les domaines clés de la science, de la technologie et de l'innovation. Les États-Unis l'ont compris depuis longtemps. Leur Département de la Défense a consacré des décennies à financer des recherches qui vont bien au-delà du champ de bataille : traitements contre le cancer, résilience climatique, systèmes agroalimentaires et sécurité énergétique. Aucun de ces projets ne ressemble à des projets « militaires » traditionnels, mais tous visent l'objectif plus large de renforcer la stabilité et l'influence mondiale du pays.
Le Canada peut faire de même. La R-D en matière de défense peut s'articuler autour de priorités nationales, et non seulement de plateformes militaires : surveillance de l'Arctique, ingénierie du pergélisol, systèmes énergétiques, sciences océaniques, matériaux de pointe, cybersécurité et santé de la population, pour n'en citer que quelques-unes. Chacun de ces domaines contribue directement à la souveraineté. La dégradation du pergélisol, par exemple, fragilise les bases et les infrastructures du Nord ; la surveillance des océans sécurise les frontières maritimes et les pêches ; et une recherche rigoureuse en santé renforce la résilience nationale en cas de crise. Ces domaines peuvent ne pas correspondre à l'image traditionnelle de la « défense », mais ils sont tous fondamentalement axés sur la sécurité. L'investissement public a toujours joué un rôle déterminant dans le façonnement des frontières technologiques. Des radars et GPS en temps de guerre à Internet lui-même, les percées transformatrices ont toujours émergé de missions claires et définies par les gouvernements, qui mobilisent la science civile vers des objectifs stratégiques.
Le Canada a besoin d'un cadre similaire, qui relie la stratégie de défense à l'innovation et à la stratégie industrielle. Cela implique de définir des missions audacieuses et à long terme alliant sécurité, croissance économique et résilience sociale. Pensons à la souveraineté dans l'Arctique, à la transition énergétique, à la sécurité sanitaire et à l'autosuffisance technologique. Ces éléments sont tout aussi essentiels à notre défense et à notre souveraineté qu'à notre influence sur les affaires mondiales.
Pour réussir, Ottawa doit également réformer la façon dont les fonds sont distribués. Les subventions ponctuelles et les programmes fragmentés ne seront pas efficaces. Il est nécessaire de mettre en place un flux d'investissement stable et pluriannuel, assorti d'une responsabilisation claire et de mesures transparentes, pour les institutions dotées de capacités de R-D, notamment les universités et les entreprises des secteurs public et privé. Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC), ou RDDC en consortium avec le CNRC et des organismes subventionnaires, peut relier les priorités fédérales à l'expertise universitaire, en utilisant des modèles comme les centres de recherche affiliés aux universités des États-Unis pour soutenir la collaboration tout en préservant la liberté académique et l'évaluation par les pairs. Le budget annuel de l'UARC (le plus récent que j'ai pu trouver) s'élevait à 1.5 milliard de dollars en 2021. Un tel cadre ferait également du Canada un partenaire plus solide au sein du nouvel Accélérateur d'innovation pour la défense de l'Atlantique Nord (DIANA) de l'OTAN, qui relie explicitement la recherche scientifique et technologique à l'innovation en matière de défense. Le Canada ne peut pas jouer un rôle de premier plan dans un tel réseau si son écosystème de recherche national demeure fragmenté et sous-financé.
_Définition du « double usage »
Le terme « double usage » a longtemps été un raccourci pour les technologies ayant des applications à la fois militaires et civiles, telles que les radars, les satellites, le GPS et Internet. Ces innovations sont nées dans des laboratoires financés par la défense, mais ont transformé la vie quotidienne. Au XXIe siècle, cette définition est trop étroite. Les menaces sécuritaires actuelles, les pandémies, le dérèglement climatique, les cyberattaques et la désinformation, font tous partie du bien-être des civils et de la défense nationale. La recherche qui renforce la résilience civile et notre économie est indissociable de la sécurité ; c'est la sécurité.
Santé, alimentation, environnement et écosystèmes d'innovation : autant de domaines désormais stratégiques. La souveraineté d'une nation dépend autant de sa capacité à protéger ses chaînes d'approvisionnement, ses réseaux énergétiques, ses infrastructures de données et ses avancées technologiques que de sa capacité à protéger son équipement militaire. Pour le Canada, cette perspective plus large de sécurité est particulièrement urgente. En tant que nation nordique dotée d'un vaste territoire, d'écosystèmes fragiles et d'une population dispersée, nos vulnérabilités sont également particulières : le dégel du pergélisol menace les bases comme les communautés ; les changements océaniques remodèlent les pêcheries et les frontières maritimes ; et l'instabilité climatique met en péril la sécurité alimentaire et la fiabilité énergétique.
Dans ce contexte, le « double usage » devrait évoluer vers un concept plus intégré d'innovation polyvalente, où les investissements servent les objectifs de défense tout en favorisant la prospérité nationale et la résilience sociale. La science agroalimentaire renforce à la fois la stabilité nationale et l'influence mondiale. L'intelligence artificielle et les technologies quantiques, développées de manière éthique et collaborative, peuvent alimenter à la fois les industries civiles et les systèmes de défense.
Penser au-delà du double usage, c'est accepter que la souveraineté actuelle est autant intellectuelle que territoriale. Le pouvoir de produire, d'interpréter et d'appliquer le savoir, par l'intermédiaire des universités, des laboratoires publics et privés, des instituts de recherche et des réseaux d'innovation, constitue le fondement de la défense moderne.
Le Canada est à la croisée des chemins. Il peut saisir l'occasion de redéfinir la défense comme un catalyseur d'innovation, de productivité, de renforcement de l'économie et d'influence mondiale, en investissant dans l'infrastructure du savoir qui assurera la sécurité du pays au sens large.
Ce qu'il faut maintenant, c'est une vision d'Ottawa, une reconnaissance du fait que la recherche en matière de défense n'est pas un simple poste budgétaire pour l'équipement, mais une pierre angulaire de la stratégie nationale. Imaginez un cadre qui relie les laboratoires de cancérologie aux stations arctiques, les scientifiques agroalimentaires aux océanographes, et les ingénieurs aux communautés autochtones du Nord.
Aller au-delà du double usage, c'est reconnaître que la sécurité d'aujourd'hui est multidimensionnelle : elle réside dans nos écosystèmes, nos institutions et notre intelligence collective. L'avenir de la défense du Canada ne se bâtira pas uniquement dans les chantiers navals ou les hangars, mais aussi dans notre solide écosystème de recherche et d'innovation.
Si le gouvernement établit les priorités, le Canada peut transformer les dépenses de défense en un moteur d'innovation, de souveraineté et de force pour les générations futures. Il est temps de s'y mettre.
En savoir plus sur l'auteur(s)
Mehrdad Hariri
Le Centre sur les politiques scientifiques canadiennes
Président-directeur général

