Comment la désinformation est devenue une menace existentielle pour l'institution démocratique du Canada

une bannière avec le titre "Comment la désinformation est devenue une menace existentielle pour les institutions démocratiques du Canada" à côté d'une photo d'un homme blanc plus âgé et d'une jeune femme blanche

Auteurs):

Le sénateur Stan Kutcher

Nouvelle-Écosse

Sénateur indépendant

Lauren Stokes

Sénat du Canada

Adjoint spécial

La pandémie de COVID-19 a mis les Canadiens au défi d'appliquer les meilleures interventions fondées sur des données probantes disponibles pour nous protéger, protéger les uns les autres et protéger nos systèmes de santé afin de retrouver le bien-être social et économique. Cependant, un déluge de désinformation a également été déclenché, créé et promu par des acteurs étatiques hostiles, des profiteurs de produits pseudo-scientifiques et des idéologues antidémocratiques.  

Cela a créé une « infodémie » qui a érodé la confiance dans la science et la médecine, porté atteinte à notre contrat social fondé sur des règles et est devenue une menace pour nos institutions démocratiques, ici au Canada et dans le monde.

Depuis les premiers jours de cette pandémie, mon bureau a été inondé de milliers de courriels et de lettres faisant germer de nombreuses théories du complot. Ces théories ont affirmé qu'un nouvel ordre mondial géré par des élites prend le contrôle du monde ; l'OMS conspire pour priver le Canada de son indépendance; que les vaccins sont un complot pour micropucer les citoyens afin de créer une population asservie ; que la pandémie n'est pas réelle et que le COVID-19 n'est que la grippe. Certaines lettres contiennent toutes ces théories, et plus encore, dans une seule correspondance.

Alors que ceux-ci et d'autres sont arrivés à mon bureau au cours de la pandémie, nous avons constaté une forte augmentation pendant l'occupation du convoi d'Ottawa. À cette époque, beaucoup qualifiaient notre démocratie parlementaire de dictature tyrannique et réclamaient sa dissolution immédiate et peut-être violente. Le contenu de ces messages a démontré un profond analphabétisme politique et des représentations inexactes et offensantes d'événements historiques, ainsi que des thèmes de nationalisme toxique, de libertarianisme, de misogynie et de xénophobie.

Une rhétorique de cette nature provient à la fois d'extrémistes nationaux et d'acteurs étatiques hostiles (tels que la Russie, la Chine et l'Iran) qui espèrent déstabiliser la démocratie pendant une période de grande incertitude. La désinformation est délibérée dans ses tentatives de tromperie et est souvent ciblée sur un sujet et financée par des poches bien garnies. 

La désinformation se propage rapidement et largement et a des effets négatifs importants sur la santé, la santé mentale, l'engagement civique et le bien-être économique. Elle attaque et sape également les institutions démocratiques sur lesquelles nous comptons pour guider et orienter nos contrat social. Cette désinformation a été cooptée par des mouvements politiques à base idéologique qui l'ont utilisée pour engendrer un populisme toxique, ou un nouveau fascisme, comme certains l'ont appelé. 

Nos institutions sont essentielles à une démocratie saine et à des citoyens qui ont des connaissances scientifiques, qui ont de la compassion et qui sont politiquement engagés. La désinformation liée à la colère, à la peur et/ou au mensonge devient le carburant que les acteurs politiques à travers l'histoire ont utilisé pour déclencher des bouleversements sociaux et servir leurs propres fins. Notre démocratie mûrissante n'est pas à l'abri de la destruction par une telle conflagration.

Recherche menée par Statistique Canada en 2021 a révélé que 96 % des Canadiens avaient vu du contenu sur Internet pendant la pandémie qu'ils soupçonnaient d'être de la désinformation. Et près de 40 % des Canadiens croyaient que l'information qu'ils percevaient était factuelle, pour découvrir plus tard qu'elle ne l'était pas. Cette recherche révèle également que les Canadiens ont rarement vérifié les informations qu'ils ont trouvées en ligne - seulement 20 % ont déclaré avoir toujours confirmé l'exactitude des affirmations faites au sujet du virus COVID.

Ces données éclairent un rouage important de la machine de désinformation bien huilée. Si plus de la moitié des Canadiens ont partagé des informations qu'ils ont trouvées en ligne sans en vérifier l'exactitude, cela signifie qu'un nombre étonnant de Canadiens ont peut-être involontairement contribué au flux de désinformation. Ceux qui cherchent à rompre notre contrat social sont habilités lorsque les citoyens n'ont pas la culture scientifique nécessaire pour évaluer de manière critique et vérifier les informations qu'ils reçoivent et amplifient.  

Cela signifie que les acteurs intentionnels et non intentionnels peuvent élargir l'« infodémie », aggravant ainsi le problème. Ceux qui ont une culture scientifique ou médiatique sous-développée risquent ainsi de devenir les pions d'individus ou d'acteurs étatiques qui profitent politiquement ou financièrement de la diffusion de la désinformation.

Pour répondre à la question posée par le panel auquel je participe pour le Centre canadien de la politique scientifique, oui, la démocratie peut encore être sauvée. Mais sa protection repose sur le raisonnement critique, la culture scientifique, la compassion, la coopération et la vigilance éternelle de nos citoyens et de nos dirigeants. Chaque citoyen a l'obligation de développer sa culture scientifique et médiatique. Nos organisations de la société civile et nos gouvernements ont l'obligation de fournir un accès à des ressources adaptées au développement pour soutenir cela.  

Par exemple, des organisations telles que La science d'abord et de Preuve de la démocratie peut fournir des informations non partisanes et fondées sur des preuves auxquelles le public pourrait se tourner pour une analyse indépendante des informations que les dirigeants politiques jaillissent. 

Nos dirigeants doivent combattre activement la désinformation avec transparence, communication efficace et vigueur. Ils ne doivent pas jouer avec le feu en tentant de mobiliser les coléreux et les incompétents, leur permettant de s'attaquer aux institutions mêmes qui nous fournissent le cadre dans lequel notre société se gère. Ils doivent faire partie de la solution et non du problème. 

Il est de la plus haute importance que les communautés scientifiques et sanitaires s'engagent activement dans la désinformation. Les scientifiques et les prestataires de soins de santé doivent contribuer à la création d'informations valides et de premier ordre et devenir des véhicules de diffusion de ces informations. Nous savons que la démystification fonctionne. Nous savons que les organismes de réglementation peuvent faire respecter leur mandat de protection du public en luttant contre la désinformation.

Enfin, nos systèmes d'éducation, du primaire au postsecondaire, doivent améliorer leur jeu dans l'enseignement de la culture médiatique et scientifique. Nous vivons dans une société post-industrielle dans laquelle les outils de pensée critique de l'ère industrielle ne répondent pas aux besoins actuels. Pour ceux qui ont maintenant dépassé leur éducation formelle, des opportunités d'apprentissage communautaires ou en ligne doivent être mises à disposition.

Malgré les dommages causés par la désinformation, la démocratie au Canada n'est pas condamnée. Pris dans leur ensemble, les Canadiens sont compétents, résilients, compatissants et intelligents. Nous prenons soin les uns des autres face aux défis existentiels et nous faisons ce que nous pouvons pour favoriser des communautés plus équitables et plus saines. La menace de la désinformation est une menace qui peut être surmontée avec un effort soutenu, la promotion des connaissances, de la compréhension et de la collaboration fondées sur la science.

Il est maintenant temps de se rassembler et d'agir.