Communiquer nos ambitions, commercialiser nos solutions : les impératifs stratégiques négligés pour répondre à la nouvelle stratégie industrielle de défense du Canada

Auteur:

Anton Hollande

Anton.Holland.Photo – Sean YS
Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

La nouvelle Stratégie industrielle de défense du Canada marque un tournant dans l’approche du pays en matière de sécurité nationale, de développement économique et d’investissement dans la recherche. Le gouvernement fédéral s’étant engagé à accroître considérablement les dépenses de recherche et développement liées à la défense au cours de la prochaine décennie, le Canada place l’innovation au cœur de ses capacités militaires et de sa croissance économique à long terme.

L’importance de ce changement est indéniable. Toutefois, le financement à lui seul ne déterminera pas si la stratégie atteindra l’objectif visé. Le véritable test de la Stratégie de défense internationale (SDI) sera de savoir si le Canada parviendra à mobiliser le gouvernement, les institutions de recherche, l’industrie, les investisseurs et le public autour d’une vision crédible de la façon dont l’innovation en matière de défense favorise à la fois la sécurité nationale et la prospérité économique.

Cet alignement ne se fera pas naturellement. Il doit être construit et dépendra autant de la manière dont la stratégie est communiquée que de son financement ou de sa mise en œuvre. Cela exige bien plus qu'une expertise technique ou une orientation politique. Il faut une communication stratégique délibérée, étayée par des récits convaincants qui expliquent clairement l'importance de ce moment et la contribution de chaque acteur à une mission nationale commune.

Les récentes annonces concernant le DIS témoignent d’une reconnaissance croissante du lien étroit entre sécurité nationale et sécurité économique. Dans ce contexte, la stratégie dépasse le simple cadre d’acquisition ; il s’agit d’une politique industrielle plus vaste visant à renforcer les capacités technologiques nationales, à garantir la souveraineté sur la propriété intellectuelle essentielle et à positionner les entreprises et les chercheurs canadiens au sein des écosystèmes d’innovation de défense alliés. 

Cela représente une occasion importante pour le secteur de l’innovation canadien, qu’il faut appréhender à travers le prisme des technologies à double usage, désormais un élément déterminant de la stratégie de l’OTAN. On passe ainsi d’une vision cloisonnée de l’acquisition de matériel de défense et de l’innovation à une approche intégrée au sein d’un écosystème d’innovation plus vaste, où la R-D publique et privée peut répondre aux impératifs économiques et sécuritaires. Les mêmes innovations qui sous-tendent les applications commerciales définissent de plus en plus les capacités militaires. L’intelligence artificielle, la cybersécurité, les systèmes autonomes, les technologies arctiques et la fabrication de pointe sont présentes dans les deux domaines. La frontière entre innovation civile et innovation de défense n’est plus floue, mais structurellement imbriquée.

Pour le Canada, cela représente à la fois une occasion et un défi de communication. La Stratégie de défense internationale (SDI) ne vise pas seulement à renforcer les capacités militaires. Il s’agit d’expliquer, de façon claire et convaincante, comment l’innovation peut servir les intérêts civils et de la défense, et apporter des avantages concrets aux Canadiens. Sans cette clarté, la stratégie risque d’être perçue comme une initiative purement militaire, plutôt que comme un moteur de prospérité nationale.

La stratégie industrielle de défense appelle donc à repenser la manière dont l'innovation est présentée. La recherche et le développement, publics et privés, ne sont pas simplement annexes aux priorités de défense, mais en font partie intégrante. Il est essentiel de communiquer cette réalité de façon cohérente pour que l'ensemble de l'écosystème puisse s'y impliquer.

Les conséquences sont immédiates. Les universités, les instituts de recherche et les start-ups ne sont plus des acteurs périphériques, mais des acteurs centraux dont les travaux façonneront les résultats technologiques et les valeurs qui les sous-tendent. Les entreprises de défense établies doivent également s'adapter et opérer dans un environnement plus interconnecté qui privilégie la collaboration, la rapidité et l'intégration avec les secteurs civils.

Toutefois, les écosystèmes d’innovation ne s’organisent pas d’eux-mêmes. Ils reposent sur un positionnement clair, une compréhension partagée et une communication soutenue quant à la façon dont les efforts individuels s’alignent sur les grandes priorités nationales. Pour les entreprises canadiennes, cela représente un changement fondamental. Le succès ne se mesurera plus uniquement à la performance technique ou aux coûts. Les organisations seront de plus en plus jugées sur leur capacité à démontrer efficacement leur contribution à la souveraineté nationale, aux chaînes d’approvisionnement nationales, au développement de la main-d’œuvre et au rôle du Canada au sein des partenariats avec ses alliés. 

Il ne s'agit pas simplement d'exigences en matière d'approvisionnement, mais aussi de tests de communication. Les entreprises doivent être capables de présenter un récit cohérent, clair et crédible de leur rôle dans l'écosystème canadien de la défense et de l'innovation.

Cela exige une vulgarisation. Les technologies complexes doivent être présentées sous forme de propositions de valeur claires et convaincantes que les décideurs peuvent rapidement saisir. Les organisations doivent expliquer comment leurs capacités renforcent la souveraineté, la résilience économique et procurent des avantages concrets aux Canadiens. Ces messages doivent trouver un écho non seulement auprès des ingénieurs et des spécialistes de l’approvisionnement, mais aussi auprès des ministres, des sous-ministres, des investisseurs et des citoyens qui, en fin de compte, légitiment ces investissements.

Le même principe s’applique au sein du gouvernement. Le DIS doit mobiliser simultanément de multiples publics : l’industrie canadienne confrontée à des chaînes d’approvisionnement complexes, les gouvernements provinciaux qui rivalisent pour attirer les investissements, les chercheurs à la recherche de nouvelles opportunités, les partenaires alliés qui évaluent la fiabilité du Canada et le public canadien, dont le soutien est essentiel au maintien des dépenses de défense.

Si ces publics ne comprennent pas clairement l'objectif et les avantages de la stratégie, sa mise en œuvre s'avère beaucoup plus complexe. Un manque de communication décourage la collaboration, freine les investissements et érode la confiance du public. La communication stratégique n'est donc pas une fonction de soutien, mais une compétence essentielle. Des concepts complexes, tels que le développement des capacités souveraines, les écosystèmes d'innovation en matière de défense, la sécurité arctique et l'interopérabilité des alliés, doivent être expliqués avec clarté et cohérence. Les décideurs doivent pouvoir en saisir rapidement l'importance pour pouvoir les soutenir publiquement et maintenir les investissements nécessaires à leur développement.

Le marketing stratégique renforce cet effort. Il permet aux organisations de définir leurs propositions de valeur, de différencier leurs capacités et d’harmoniser leurs messages avec les priorités nationales. Il garantit que les entreprises et les établissements de recherche ne se contentent pas de décrire les technologies, mais les positionnent dans le contexte en constante évolution de la défense et de l’innovation au Canada.

Les récits sont essentiels et déterminants. Ils établissent un lien entre l’innovation technologique et les objectifs nationaux. Ils expliquent comment la recherche se traduit en capacité opérationnelle, en croissance économique et en rayonnement international. Ils aident les Canadiens à comprendre pourquoi les investissements dans l’innovation en matière de défense sont importants, non seulement pour la préparation militaire, mais aussi pour la prospérité à long terme et le leadership technologique.

Les alliés du Canada ont déjà pris conscience de cette dimension narrative. Les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et plusieurs pays nordiques promeuvent activement leurs écosystèmes d’innovation en matière de défense grâce à une communication et à une stratégie de récits concertées. Ces efforts renforcent les priorités nationales, attirent les investissements et consolident les partenariats internationaux.

Le Canada est désormais confronté au même impératif.

La Stratégie industrielle de défense représente une occasion unique de redéfinir la manière dont le pays mobilise la science, la technologie et l'industrie pour soutenir à la fois la sécurité et la croissance économique. Pour saisir cette opportunité, il faudra bien plus que des financements et des orientations politiques. Il faudra de la clarté, de la rigueur et une volonté affirmée dans la communication de cette stratégie à l'ensemble de l'écosystème.

Les organisations doivent définir leurs rôles avec précision. Elles doivent communiquer leur valeur ajoutée en des termes qui trouvent un écho auprès des décideurs et du public. Elles doivent contribuer à un récit plus large et cohérent sur l’avenir technologique et la position stratégique du Canada. La communication et le marketing stratégiques doivent donc être considérés comme une infrastructure fondamentale du système de renseignement technologique, au même titre que les laboratoires, les installations de production ou les champs d’essais.

Les politiques définissent l’orientation. Les investissements stimulent l’action. La communication détermine si le système avance de manière unifiée. Dans un contexte de sécurité de plus en plus conflictuel et complexe, cette harmonisation pourrait bien constituer le plus grand atout stratégique du Canada.

En savoir plus sur l'auteur(s)

Anton Hollande

NIVA Inc., Ottawa (Ontario)

Présidente et directrice générale