La réconciliation par la recherche : de meilleures politiques et décisions grâce à la combinaison des savoirs autochtones et occidentaux

Auteurs):

Dre Monique Dubé

Réseau canadien des montagnes

Directrice exécutif

Clause de non-responsabilité : La version française de cet éditorial a été auto-traduite et n’a pas été approuvée par l’auteur.

Le temps a démontré les impacts des changements environnementaux et climatiques sur diverses populations, mais a également mis en évidence les effets disproportionnés et inéquitables sur les communautés autochtones, en particulier celles déjà marginalisées. Les peuples autochtones, qui gèrent et gèrent leurs terres de manière durable depuis des temps immémoriaux, voient leurs précieuses connaissances traditionnelles systématiquement dévalorisées et mises de côté par les méthodologies scientifiques et les processus décisionnels occidentaux dominants. Cette exclusion constitue une menace importante pour la santé et la résilience de leurs terres et de leurs communautés et limite notre capacité collective à résoudre les plus grands défis environnementaux du Canada. Des politiques, des réglementations et des prises de décision efficaces nécessitent l’inclusion des systèmes de connaissances.

Les connaissances et les pratiques autochtones sont souvent négligées dans les processus de recherche et de prise de décision au Canada, qui sont principalement influencés par les approches scientifiques coloniales et conventionnelles, les pratiques de gouvernance non autochtones et les intérêts économiques. Il y a un appel clair et répété aux gouvernements à tous les niveaux pour qu’ils respectent et intègrent les façons de savoir, de faire et d’être autochtones. Alors que les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux travaillent pour atteindre cet objectif, les inégalités, les exclusions, les obstacles et les préjugés persistent en raison de la complexité du défi et de la réalité de l'histoire canadienne à l'égard des peuples autochtones.

Le savoir autochtone offre un cadre qui peut rapprocher la société et la science de la terre. Le succès de cette convergence nécessite avant tout le respect et la protection des systèmes de connaissances autochtones et des terres dont ils sont issus. « Tresser les connaissances » représente une approche qui reconnaît et respecte la validité inhérente des différentes manières de connaître. Il souligne que la force ne réside pas dans le fait d’essayer de transformer une manière de connaître en une autre ou d’évaluer ce qui est bien et ce qui est mal, mais dans le fait de les rassembler dans un espace d’égalité où ils peuvent travailler ensemble pour quelque chose de plus et de mieux. Le regroupement des connaissances favorise la coexistence et la coproduction d’une science plus solide qui mène à des politiques publiques et à une prise de décision plus équitables, pertinentes et efficaces.

Le Réseau canadien des montagnes (CMN), un réseau de centres d'excellence (RCE) créé en 2019, a été pionnier en matière d'approches éthiques et équitables pour mener des recherches fondées sur le croisement des savoirs autochtones et occidentaux. Le MCN est la première organisation du genre au Canada à financer directement des projets dirigés par des aînés autochtones et des détenteurs de connaissances. Nous avons démontré comment l’association des connaissances peut aboutir à de meilleurs résultats scientifiques se traduisant par de meilleures politiques et prises de décision. La majorité des investissements en recherche du MCN soutiennent des projets et des initiatives dirigés ou codirigés par des Autochtones.

La recherche, la mobilisation des connaissances, la formation et les initiatives culturelles du MCN ont favorisé un modèle de recherche locale et axée sur la communauté qui a conduit à de meilleurs résultats scientifiques, y compris l'équilibre nécessaire entre la durabilité économique, environnementale, culturelle et sociale. Ce modèle a aidé les détenteurs de connaissances, les scientifiques et les décideurs à s'engager dans des pratiques de recherche qui contribuent à la décolonisation de la recherche au Canada.

La réconciliation est un processus continu d'apprentissage, d'ouverture et de confiance envers de nouvelles façons de développer des relations respectueuses avec les Premières Nations, les Métis et les Inuits. Ce n’est que grâce au processus de réconciliation que nous serons en mesure de relever les défis environnementaux urgents auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui, notamment le changement climatique, la perte de biodiversité, ainsi que la santé et le bien-être publics. Les modes de connaissance autochtones doivent être intégrés de manière significative dans les politiques d’intendance et les processus décisionnels afin que nos terres, nos eaux et nos ressources puissent subvenir à nos besoins aujourd’hui et pour les générations à venir.

Le CMN a démontré La réconciliation par la recherche changer les mentalités et renforcer la compréhension grâce à la création d'espaces éthiques et à la coproduction de connaissances, une contribution essentielle à l'engagement du Canada envers la réconciliation avec les peuples autochtones. Nous avons effectivement « appris en faisant » la réconciliation et nous sommes déterminés à en partager largement les résultats. En fait, la recherche financée par le MCN a démontré que l'association éthique des systèmes de connaissances est la clé pour relever certains des défis environnementaux et sociaux les plus urgents du Canada.

Les initiatives du MCN couvrent un large éventail de portées, allant de la revitalisation des pratiques culturelles autochtones à l'amélioration du bien-être des espèces en péril, en passant par la compréhension des impacts sociaux, écologiques et économiques des changements climatiques. Nos initiatives sur le terrain ont démontré l’équilibre requis entre la durabilité économique, environnementale, culturelle et sociale. Notre approche comble les lacunes en matière de connaissances et améliore les résultats politiques dans divers domaines, notamment les aires protégées et conservées autochtones (APCA), l'intendance autochtone de la restauration des bisons en Alberta, le rétablissement du caribou dans les Rocheuses centrales, la réaffirmation des noms de lieux autochtones dans le Nord, l'inclusion des connaissances autochtones dans les accords transfrontaliers sur le saumon du Yukon, l'inclusion des connaissances Mi'gmaq sur les écosystèmes aquatiques du Québec et la surveillance communautaire du climat et de la santé au Nunatsiavut.

CMN est un exemple en action des réussites de la collaboration entre les savoirs occidentaux et autochtones en matière de recherche et de partage des connaissances. Chaque initiative financée par le MCN s'aligne non seulement de manière unique sur les objectifs de développement durable des Nations Unies (ONU), mais souligne également notre engagement inébranlable envers la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), renforçant les droits humains des peuples autochtones. Grâce à cet alignement, le CMN crée un espace d'autodétermination et de recherche communautaire et démontre de manière robuste des approches élargies en matière de gestion coopérative, de gouvernance et de prise de décision, comme indiqué dans le plan d'action de la DNUDPA.

Une culture du savoir inclusive au Canada peut contribuer à faire progresser les capacités dirigées par les Autochtones qui sous-tendent l’autodétermination et garantir que les savoirs autochtones sont reflétés dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques et de la réglementation au Canada. L’alignement éthique des responsabilités fédérales sur les savoirs autochtones locaux et autodéterminés représente une question déterminante dans les relations Couronne-Autochtones au Canada et présente à la fois un défi et une opportunité de réconciliation.

Alors que de nombreux membres de la communauté scientifique ont reconnu à juste titre l’importance d’intégrer les voix autochtones dans les solutions environnementales et climatiques, le CMN a pris l’initiative de créer un espace sûr unique permettant à ses chercheurs de collaborer de manière éthique et de tisser des systèmes de connaissances. En collaboration avec des partenaires, des universitaires et des décideurs autochtones à l’échelle nationale, le MCN a mis au point de nouveaux modèles et stratégies qui reflètent la compréhension et la relation des Autochtones avec l’environnement. Ces stratégies innovantes comprennent les communautés autochtones qui dirigent et codirigent l’aménagement du territoire, la conservation de la biodiversité, les stratégies relatives aux zones protégées et la surveillance environnementale. 

Compte tenu de la nature urgente de nos défis actuels, associée à l'engagement du Canada envers la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et les ODD, il appartient à nous tous de continuer à créer, soutenir et protéger des espaces éthiques. Ces espaces peuvent soutenir les priorités fédérales grâce à la mobilisation des connaissances locales liées aux changements environnementaux, à la conservation, à la restauration, à l'adaptation et au bien-être général du Canada, incarnant le principe de réconciliation « apprendre par la pratique » qui a été au cœur de notre approche.

CMN organise un panel, Outils pour relier les savoirs autochtones et occidentaux, le 13 novembre 2023, dans le cadre de la 15e Conférence canadienne sur les politiques scientifiques. Le panel discutera des défis liés à l'association des connaissances autochtones et occidentales et mettra en vedette la codirectrice de recherche du MCN, la Dre Paulina Johnson, la coordonnatrice de l'engagement autochtone du MCN, la D JA Morrow, membre du conseil d'administration du MCN, Tiffany Traverse et Aleesha Tearl Jones, coordonnatrice de la transition et de l'engagement des étudiants, Centre des étudiants autochtones, Université de la Vallée du Fraser. Apprendre encore plus