La recherche et l’innovation comme pierre angulaire de l’intérêt national

Auteurs):

Frederic Bouchard

l'Université de Montréal

Doyen, Faculté des arts et des sciences

Clause de non-responsabilité : La version française de cet éditorial a été auto-traduite et n’a pas été approuvée par l’auteur.

Prenez n’importe quel pays dans le monde et posez-vous ces questions : quelles sont les conditions nécessaires au bien-être de ses peuples et à sa prospérité accrue ? Comment les pays peuvent-ils répondre aux diverses transformations sociologiques, technologiques, économiques, sanitaires et environnementales de manière à contribuer au mieux-être de leurs citoyens ? La réponse est simple : tout pays ambitieux aura besoin d'un privilégié accès aux meilleurs talents et aux meilleures idées. Nous le savons. Nous le savons tous. Et pourtant, nous sommes encore trop nombreux à considérer l’enseignement supérieur et les activités de recherche qu’il rend possibles comme un exercice de certification, ou « simplement » comme une activité ambitieuse. Bizarrement, nous nous comportons comme si la recherche et l’innovation étaient des passe-temps luxueux des sociétés avancées, alors qu’en réalité elles sont les conditions nécessaires à la croissance et à la prospérité aux niveaux individuel et collectif. De manière déconcertante, les étudiants diplômés, les postdoctorants et nos futurs chercheurs d'avant-garde sont souvent traités comme s'ils n'avaient pas d'autres options ou comme si leur contribution n'était pas absolument essentielle à notre épanouissement collectif.  

Heureusement, le gouvernement canadien a convoqué un groupe d'experts pour proposer des recommandations sur la manière d'améliorer la performance du Canada en matière de recherche et d'innovation. J'ai eu l'occasion de présider le groupe d'experts et nous avons présenté notre rapport1 en 2023 au ministre Champagne (ISED) et au ministre Duclos (à l'époque, Santé). Espérons que nos recommandations seront mises en œuvre. L’importance de la question est claire, mais ce qui est souvent mal compris, c’est le degré d’urgence qu’il y a à y remédier.  

Prenez le Canada et la Corée du Sud et posez-vous cette question : quel pays s'est assuré d'avoir un accès privilégié aux talents et aux idées ? En 2000, le Canada (tous secteurs confondus) a investi 1.86 % de son PIB en R&D (en dessous de la moyenne de l'OCDE), tandis que la Corée a investi 2.13 % de son PIB dans ces activités essentielles. Au cours des vingt années qui ont suivi, le Canada a encore diminué pour atteindre un maigre 1.56 %, tandis que la Corée s'est hissée presque au premier rang mondial avec 4.93 %. La Corée n’est pas la seule à relever ses ambitions. Elle suit une trajectoire de croissance adoptée par les États-Unis, Israël, le Japon, la Suisse et l’Allemagne, et franchement par de nombreux pays de l’OCDE. Le Canada se trouve dans la rare situation peu enviable de connaître une tendance à la baisse des investissements en R&D. Cette histoire de faiblesse concerne principalement l’affaiblissement de la R&D des entreprises, mais la vulnérabilité demeure et il appartient au gouvernement de réagir. 

L’écart grandissant se répercute sur le capital humain. En 2000, le Canada comptait 7.16 chercheurs pour 1000 6.24 employés, soit un chiffre supérieur à la moyenne de l'OCDE (5.12), tandis que la Corée comptait 1000 chercheurs pour 9.5 1000. Vingt ans plus tard, le Canada comptait 2020 chercheurs pour 16.60 1000 (à peu près la moyenne de l'OCDE de 40, c'est-à-dire que le Canada a diminué) tandis que La Corée a atteint le chiffre stupéfiant de 52 chercheurs pour 500 000 employés. En vingt ans, la Corée est passée d’un niveau inférieur à la moyenne de l’OCDE au premier rang mondial : c’est la preuve que la politique publique et les ambitions collectives comptent. Le Canada compte environ XNUMX millions d’habitants et la Corée, près de XNUMX millions. Nous sommes dans la même « ligue », et pourtant la Corée compte près de XNUMX XNUMX PLUS des chercheurs qui contribuent à son bien-être et à sa prospérité. 

Nous sommes, à juste titre, très fiers des bonnes nouvelles industrielles liées aux usines de batteries en Ontario et au Québec. L'observateur attentif aura peut-être remarqué que la plupart des annonces avaient une entreprise coréenne comme détentrice de la propriété intellectuelle matérialisée au Canada. Nous ne devrions pas être surpris. Il y a vingt ans, la Corée enregistrait environ 900 séries de brevets (contre 612 au Canada). En 2020, la Corée détenait plus de 3200 660 ensembles de brevets, tandis que le Canada en compte toujours XNUMX. La Corée a récemment donné des signes indiquant qu’elle pourrait réduire ses efforts de R&D et d’innovation (une orientation surprenante compte tenu de ses véritables succès économiques). Cependant, même avec un possible En réduisant sa voilure, il serait encore en avance sur presque tous les pays riches. Le Canada se positionne judicieusement dans le secteur manufacturier de pointe stratégique du côté de la production, mais en faisons-nous suffisamment pour bénéficier des véritables richesses des inventions qui sous-tendent cette industrie ? Les ambitions concernant le talent et les idées comptent. Dans un avenir incertain et mouvementé, la stratégie et les ressources nécessaires pour réaliser ces ambitions détermineront la croissance, la prospérité et la sécurité de tous les pays.  

C’est une histoire de découverte, d’invention et d’innovation, mais plus important encore, c’est une histoire de talent. Nous devrions générer des recherches plus nombreuses et de meilleure qualité, des découvertes plus nombreuses et plus grandioses et des innovations plus nombreuses et plus riches. Pour y parvenir, nous devrons former, attirer et retenir un plus grand nombre de chercheurs. Trop souvent, nous mettons en valeur le résultat de la recherche sous forme d’idées et de découvertes, d’une compréhension révolutionnaire qui change nos vies, tout en sous-estimant les personnes qui rendent cela possible. À bien des égards, les chercheurs et les innovateurs sont plus essentiels à la croissance de toute société que n’importe quel brevet ou découverte. Il faut de grands esprits pour faire des découvertes, mais il faut aussi de grands esprits pour exploiter efficacement les découvertes des autres. Nous avons besoin d'une forte capacité de recherche, c'est-à-dire de talents et des outils dont ils ont besoin, pour produire des innovations au lieu de simplement les consommer. La trajectoire de la Corée est un exemple de cette profonde ambition de croissance.  

Le contraste avec la Corée est frappant et la situation de l’OCDE 2000-2020 est claire, mais à bien des égards, le défi ne fera que s’accentuer avec d’autres pays pairs également. Les États-Unis, avec leurs CHIPS and Science Act et leur IRA de 2022, ont induit les investissements en R&D et en innovation les plus massifs depuis des décennies, et l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Japon, Israël, etc. tentent de répondre de la même manière. La stagnation du soutien accordé à nos étudiants diplômés au cours des vingt dernières années est l’un des nombreux symptômes des maux auxquels nous sommes déjà confrontés. Nos niveaux de soutien et nos moyens de soutenir la recherche ne sont pas compétitifs. Nos pairs internationaux n’attendent pas que nous nous ressaisissions, ils vont de l’avant et ils seront heureux d’attirer nos meilleurs talents. 

J’ai mis l’accent sur les progrès technologiques et la production économique, mais la même histoire pourrait être racontée à l’aide d’exemples de santé et de bien-être ou d’une meilleure compréhension humaine et sociale. En fin de compte, c’est une histoire sur la façon dont la recherche et l’innovation sont la pierre angulaire de l’intérêt national. Adaptation au changement climatique, préparation aux pandémies, politiques publiques efficaces, nouveaux moyens de soutenir l’épanouissement humain : notre capacité à répondre aux défis et aux opportunités de manière à développer une société prospère, juste, éclairée et, oserais-je dire, heureuse, dépendra d’une société un accès privilégié aux meilleurs talents et aux meilleures idées. 

Pour qu'un gouvernement puisse véritablement créer les conditions d'un bien-être et d'une prospérité futurs, pour que toute promesse politique se traduise par de meilleurs résultats pour tous, pour que nous ayons la possibilité de construire l'avenir au lieu de le subir, nous devons faire en sorte que la recherche, l'innovation et les citoyens qui en font une priorité nationale absolue.  

Bibliographie

1- https://ised-isde.canada.ca/site/panel-federal-research-support/en/report-advisory-panel-federal-research-support-system