Les peuples autochtones ne sont pas la cause caritative du Canada

Auteur:

Jessica Kolopenuk, Ph.D.

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Parmi les professeurs et le personnel de la Faculté des études autochtones (Université de l'Alberta), il ne fait aucun doute que Pembina Hall - le bâtiment historique qui abrite notre faculté historique – est hanté. Le couloir nord-est où je travaille généralement abrite les restes énergétiques de ceux qui ont été perdus pendant la dernière pandémie sur ce campus. Les rappels fantomatiques de la grippe espagnole de 1918 nous implorent de considérer que la pandémie actuelle de coronavirus n'est pas sans précédent. Les visions du monde autochtones qui tiennent compte des vies après la mort des pandémies précédentes offrent des connaissances précieuses pour la science et la politique de santé et pour pratiques de guérison.
Les épidémies historiques – variole, rougeole, tuberculose, grippe – ont remodelé les terrains biologiques et politiques des territoires. Ils faisaient et font partie intégrante de la colonisation à travers le monde. Le système de soins de santé et le domaine de la politique de santé publique dans ce pays ont été créés en relation mutuelle avec un projet politique canadien. Le Canada, y compris sa souveraineté et ses institutions, s'est développé aux dépens de la gouvernance autochtone. Les peuples autochtones le savent. C'est pourquoi, à l'échelle mondiale, au cours de cette pandémie, les nations autochtones affirment leur droit à l'autodétermination par leurs mesures de planification et de préparation. Ceux-ci inclus, le développement de réponses à la pandémie culturellement et linguistiquement pertinentes, affirmations de souveraineté régionalebauen appels aux droits issus de traités aux soins de santé et aux ressources liés à la pandémie. Alors que les nations autochtones planifient, se préparent et agissent, des tensions subsistent entre les juridictions canadiennes et autochtones et leurs approches de la gouvernance en cas de pandémie. Il a été avancé que la crise du Covid-19 est intensifier les relations coloniales préexistantes tandis que les épidémies historiques ont contribué à solidifier la gouvernance coloniale. Pour les peuples autochtones, le risque associé au Covid-19 est élevé, mais ce risque va au-delà du potentiel de taux de morbidité et de mortalité élevés. Les risques auxquels sont confrontées les nations autochtones comprennent également les menaces continues à leur autodétermination et à leur gouvernance.
La pandémie actuelle est apparue alors que les domaines de la science, de la politique, de l'économie, du droit et de la santé continuent d'être définis par des déséquilibres de pouvoir dans lesquels les peuples autochtones ne contrôlent pas souvent les politiques qui les affectent. De ce fait, les pandémies et les épidémies ont toujours aussi été syndémiques avec la propagation pathologique de la colonisation. La théorie syndémique, abordée à travers une Lentille des études autochtones ou autochtones, comprend les relations déséquilibrées entre les gouvernements autochtones, fédéral et provinciaux, comme étant un système malade. Cette pathologie n'est pas plus évidente que sur le Services aux Autochtones Canada : page Web sur le coronavirus et les communautés autochtones où les instructions sont mises en évidence pour le lavage des mains dans les communautés où il n'y a pas d'eau propre ou courante. Le fait que ces instructions soient nécessaires est un rappel viscéral des inégalités structurelles au Canada. Dans une certaine mesure, les décideurs politiques sont chercher à s'attaquer aux facteurs structurels qui contribuent au fardeau élevé de la maladie et des complications de la maladie pour les peuples autochtones. L'efficacité de telles mesures est encore inconnue.
Au cours des dernières années, la recherche biomédicale et la pratique clinique visant à remédier aux disparités en matière de santé ont offert l'espoir d'une réconciliation. Lorsque les relations politiques entre les peuples autochtones et le Canada sont définies par la réconciliation, la moralité devient un critère pour mesurer la force de ces relations. Cependant, la poursuite morale de la réconciliation a fait plus pour assurer et renforcer la souveraineté et le contrôle du Canada sur la nation, ses citoyens, ses institutions et son territoire qu'elle n'en a fait pour transformer ce qui demeure une relation politique coloniale. Par conséquent, la gouvernance de la santé publique (y compris les interactions juridictionnelles entre les gouvernements autochtones et canadiens) n'est pas simplement une question de moralité, ni un projet humanitaire ou caritatif. Au contraire, la gouvernance de la santé autochtone, comme celle liée à la pandémie actuelle, est une question de relations politiques et juridiques de longue date entre les nations. C'est une question de pouvoir et de partage du pouvoir. La façon dont la pandémie actuelle est régie comme un problème fédéral et provincial sans coordination approfondie avec les nations autochtones renforce le bras de fer colonial sur la gouvernance qui est constitutive de la démocratie libérale du Canada. Cela doit changer. Les savoirs autochtones et les visions du monde qui laissent place aux principes de gouvernance partagée ; et qui prennent des décisions sur plusieurs générations en avant et en arrière peuvent aider à changer le cours de cette pandémie.

Bio:
La Dre Jessica Kolopenuk (Cri, Première Nation Peguis) est professeure adjointe à la Faculté des études autochtones de l'Université de l'Alberta. Elle est cofondatrice et codirectrice du programme de recherche et de formation sur les sciences, la technologie et la société autochtones (STS autochtone), qui soutient les capacités des peuples autochtones à gérer les projets scientifiques et technologiques qui les concernent. Kolopenuk est également co-fondateur et co-responsable du stage d'été pour les peuples autochtones en génomique Canada (SING Canada), et a plus récemment été recruté comme instructeur pour Science Outside the Lab North (SOtLNorth). En 2018, elle a remporté le Prix d'excellence jeunesse du Centre canadien de la politique scientifique. La gouvernance autochtone étant au cœur de son travail, la recherche et les conseils en matière de politiques de la Dre Kolopenuk portent sur ce que les connaissances technoscientifiques signifient pour les peuples autochtones et, également, sur ce que les connaissances autochtones peuvent signifier pour les technosciences et les domaines politiques.

En savoir plus sur l'auteur(s)

Jessica Kolopenuk, Ph.D.

Faculté des études autochtones, Université de l'Alberta

Maître assistant

Twitter : @JessKolopenuk, @indigenous_sts