Pour résoudre le problème des maladies du cerveau, nous devons rendre la recherche librement accessible

Publié le: novembre 2019Catégories: Panels et conférenciers du CSPC 2019, ÉditoriauxMots clés:

Auteurs):

Dr Viviane Poupon

Neuro (Institut et hôpital neurologiques de Montréal)

Directrice, Développement scientifique et partenariats

Institut des sciences ouvertes de Tanenbaum

Directeur de l'exploitation

Poupon

En 2016, le Neuro (Institut et hôpital neurologiques de Montréal) a lancé une initiative visant à adopter pleinement la science ouverte avec la création de l'Institut de science ouverte Tanenbaum (TOSI). Alors que la définition de la science ouverte varie selon les institutions et les domaines, dans notre cas, il s'agit du libre partage des données, des réactifs, des résultats et des biomatériaux des patients, et de l'élimination des obstacles à la collaboration avec les collègues et l'industrie. 

En tant qu'institution financée par l'État, nous avons le devoir de partager ouvertement nos résultats. Un élément clé de notre initiative est l'ouverture des données - le partage des données et des résultats de recherche à quiconque souhaite les voir, sans paywalls et sans accès exclusif. Au Neuro, nous avons travaillé dur pour créer un référentiel ouvert d'échantillons de patients, planifier l'infrastructure informatique nécessaire pour gérer le partage de données à grande échelle et protéger la confidentialité des patients, forger des projets de découverte de médicaments ouverts uniques et prometteurs avec des partenaires de l'industrie et embaucher un certain nombre de chercheurs aux références irréprochables en science ouverte.

La science ouverte est particulièrement pertinente pour le domaine des neurosciences. Grâce aux percées dans d'autres domaines médicaux tels que la cardiologie et la recherche sur le cancer, les gens vivent plus longtemps que jamais. Mais les maladies du cerveau deviennent le dilemme de notre époque. Cela signifie que davantage de personnes souffrent des maladies cérébrales liées au vieillissement, à savoir la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer et la démence. Nous n'avons pas été en mesure de suivre cette tendance et, par conséquent, peu ou pas de traitements efficaces existent pour de nombreuses affections neurologiques.

Cela est dû en grande partie à la complexité du cerveau par rapport aux autres organes. Mais nos progrès ont également été ralentis par des silos fermés de connaissances, qui étouffent la collaboration et le partage des ressources. Comprendre un organe complexe comme le cerveau nécessite d'énormes quantités de données provenant de plusieurs chercheurs et institutions. Dans de nombreux cas, la seule façon d'accéder à suffisamment de ces données est par le biais de la science ouverte.

La science ouverte peut libérer le potentiel des nouvelles technologies qui rendent possible une étude détaillée du cerveau comme jamais auparavant. Par exemple, vous pouvez créer n'importe quel type de cellule cérébrale en culture à partir de n'importe quel patient, en utilisant simplement le sang comme point de départ ; l'imagerie cérébrale et cellulaire s'améliore à pas de géant ; des études détaillées sur une seule cellule sont désormais possibles ; la génétique et la génomique explosent ; l'intelligence artificielle et la neuroinformatique nous permettent de passer au crible une énorme quantité de données cérébrales.

Au Neuro, nous avons tous ces outils sous un même toit, mais leur potentiel est limité si nous gardons nos découvertes sous clé. En partageant ouvertement nos recherches et en engageant activement des collaborations ouvertes avec toutes les parties prenantes de l'écosystème de la recherche et de l'innovation, nous maximisons le potentiel de percées médicales qui améliorent la vie de nos patients.

Le Neuro a été fondé avec une vision unique sur la façon de faire progresser la médecine : la science centrée sur le patient. C'était la vision de notre fondateur, le Dr Wilder Penfield. Il a mené à de nombreux succès, dont la première carte des fonctions sensorielles et motrices du cortex, le premier traitement chirurgical efficace pour l'épilepsie, les premiers scanners CAT, PET et IRM au Canada, une transformation de notre compréhension de la mémoire humaine et la découverte de gènes responsables de nombreuses maladies du cerveau, dont la SLA et les accidents vasculaires cérébraux.

La science ouverte est notre façon de continuer à repousser les limites de la science au profit de nos patients alors que nous entrons dans une ère où les neurosciences sont plus importantes que jamais pour la santé humaine.

 

Dre Viviane Poupon est directrice du développement scientifique et des partenariats au Neuro (Institut et hôpital neurologiques de Montréal). Elle est également chef de l'exploitation du Tanenbaum Open Science Institute.