Taylor Reidlinger

2024

La biographie:

Taylor a grandi sur les terres du Traité no 7 à Okotoks, en Alberta. Enfant curieuse, elle explorait constamment la nature. Lors de sa première visite à Victoria, en Colombie-Britannique, Taylor a été enchantée par la diversité des niches écologiques et des espèces. Elle a déménagé vers l’ouest et a obtenu son baccalauréat en biologie à l’Université de Victoria. Taylor vit maintenant sur la côte de la Colombie-Britannique depuis une douzaine d’années. Son travail antérieur couvre des rôles de recherche, d’éducation et de gestion de projets. S’engager dans des espaces intersectionnels a appris à Taylor le pouvoir de réunir la science avec d’autres modes de connaissance pour trouver des solutions génératrices. Elle poursuit actuellement sa maîtrise en environnement et en gestion à l’Université Royal Roads. Ses recherches portent sur les innovations dans les systèmes alimentaires marins : comment les gens trouvent de nouvelles voies vers un avenir alimentaire marin positif. Taylor se trouve généralement dans ou autour de l’océan : promenant son chien sur la plage, surfant, plongeant en apnée ou faisant de la voile.

Inspiration de la proposition :

Je m’intéresse depuis longtemps à l’alimentation en tant que lien majeur. Nous interagissons quotidiennement avec la nourriture, nos recettes sont le fruit de générations de traditions et la nourriture dicte une grande partie de nos relations avec la terre. Pendant ma maîtrise, j’ai suivi des cours de réflexion systémique. J’ai été inspiré par le fait que de petits points de levier dans des systèmes complexes pouvaient influencer des changements positifs exponentiels. Travailler dans le domaine des politiques de pêche m’a permis de tenter exactement cela. En soutenant les individus sur les questions qui comptent pour eux, leurs communautés et nos écosystèmes. Je m’efforce de comprendre ces besoins et ces générations de connaissances côtières, puis j’essaie de tirer parti de nos systèmes liés à la pêche pour qu’ils soient plus en phase avec les valeurs modernes. Les événements récents dans le secteur des pêches canadiennes m’ont rappelé à quel point l’industrie de la pêche peut être complexe, comment les citoyens essaient de prendre les meilleures décisions alimentaires pour leur santé, leurs communautés et nos écosystèmes, et à quel point les politiques ont un impact sur les systèmes alimentaires.

Besoin/Possibilité d'action :

Les défis interconnectés de la sécurité alimentaire, du changement climatique et des systèmes socioéconomiques durables ne feront que devenir plus complexes et soumis à une pression accrue dans les années à venir [1], [2]. Les écosystèmes et les communautés côtières sont particulièrement vulnérables à ces défis [3]–[7]. De plus en plus de preuves montrent que les politiques canadiennes sur les pêches compromettent de plus en plus le potentiel de l'industrie à générer des résultats sociaux, environnementaux et économiques positifs, en particulier dans la région du Pacifique [8]–[10]. Avec le plus long littoral du monde, ainsi qu'une base de ressources marines riche et diversifiée, le Canada peut avoir des effets positifs retentissants sur les communautés côtières et le pays en modifiant les politiques actuelles sur les pêches.

L’échec actuel de la politique de la pêche

L'absence de politiques fortes et modernes a permis aux pêcheries canadiennes de devenir de plus en plus consolidées et contrôlées par quelques grandes sociétés et intérêts étrangers [11]. Des tentatives ont été faites pour ralentir cette tendance au Canada atlantique en exigeant que les propriétaires exploitants soient des pêcheurs. Cependant, dans la région du Pacifique, n'importe qui peut encore acheter, vendre et louer le droit de pêcher. Les permis et les quotas continuent d'être récupérés et consolidés par des investisseurs spéculatifs [12]. Dans ce contexte, les communautés locales perdent leur lien avec les pêcheries locales et les avantages tangibles (c.-à-d. les infrastructures portuaires et les revenus) et intangibles (c.-à-d. les relations communautaires et le lien avec la mer) associés à l'industrie [13], [14]. Le système de quotas individuels transférables a été introduit pour aider à la durabilité des ressources, mais le système actuel n'a pas réussi à protéger les espèces de poissons emblématiques du Canada (comme le saumon du Pacifique), tout en ne répondant pas aux normes de qualité de l'air.
son mandat de répartition équitable des avantages [10], [11], [15].

Menaces sur la sécurité alimentaire

L’augmentation de la population mondiale et l’évolution des revenus et des préférences alimentaires ne feront qu’accroître la demande en aliments nutritifs dans les décennies à venir [16]. Parallèlement, la crise climatique exerce une pression accrue sur les systèmes alimentaires, ainsi que sur les ressources en terres et en eau. La sécurité alimentaire est une question hautement prioritaire dans le monde entier [2], [16]–[19] ; à ce titre, les poissons et les aliments marins jouent un rôle essentiel [20], [21].

Les contraintes liées à la COVID-19 ont mis en évidence la façon dont les pêcheries canadiennes sont devenues trop axées sur l’exportation [22]. La valeur des produits de la mer ne répond plus adéquatement aux besoins culturels, économiques et nutritionnels locaux. Le Canada exporte environ 85 % de ses produits de la mer, tout en important environ 63 % des produits de la mer consommés localement [23]. De plus, les produits de la mer canadiens sont en grande partie transformés ailleurs, ce qui compromet la sécurité alimentaire et les économies côtières [24]. L’absence de transformation à valeur ajoutée avant l’exportation entraîne une perte d’emplois locaux, tout en détournant les produits de la mer locaux des approvisionnements alimentaires canadiens. Le Canada doit adopter une vision proactive de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le cadre de son approche des pêches.

Le dilemme d'un moissonneur

Le système actuel de gestion des pêches rend difficile pour les pêcheurs d’intégrer leurs connaissances aux innovations qui modifient le statu quo. Si les pêcheurs ne peuvent pas se permettre de posséder leur propre bateau, leur propre permis ou leur propre quota, ils n’ont qu’un pouvoir limité sur la manière dont ils pêchent. Lorsque la COVID-19 a perturbé les marchés mondiaux, les idées des pêcheurs pour s’adapter ont été entravées à la fois par la bureaucratie et par les politiques qui vendent le contrôle et la propriété aux entreprises et aux investisseurs [25]. Bien que les pêcheurs actifs détiennent une connaissance approfondie des écosystèmes et des pratiques de pêche locales, leur expérience est finalement sous-estimée à la table des décisions [14], [26].

Un appel à l’action gouvernementale

Les politiques canadiennes actuelles en matière de pêche réduisent les avantages pour les communautés locales et les revenus des pêcheurs. Étant donné que les pêcheurs actifs ne captent qu’une petite partie de la valeur des pêches du Pacifique [27], ils ont moins de capacité financière et de liberté pour investir dans d’autres entreprises locales. De plus, le manque de transparence dans l’industrie de la pêche et le suivi inadéquat des données par le ministère des Pêches et des Océans (MPO) ne font qu’exacerber la confusion du public et le manque de confiance à l’égard de la durabilité des produits de la mer [28]–[31]. Le gouvernement ne parvient pas à assurer le suivi de la propriété effective.

Action proposée :

Les pêches sont une ressource unique. Elles sont à la croisée des éléments économiques, sociaux, culturels et écologiques de grands défis, comme la sécurité alimentaire, l’adaptation au changement climatique et le progrès économique [33], [34]. Le gouvernement canadien doit moderniser avec audace la politique sur les pêches afin de mieux protéger les intérêts et les écosystèmes autochtones et canadiens. Nous vivons un moment important dans l’histoire du Canada : des élections ont été déclenchées en pleine pandémie de COVID-19 et le Canada élabore sa première loi sur l’aquaculture et une stratégie fédérale pour l’économie bleue. C’est le moment opportun pour définir une nouvelle voie à suivre pour des côtes et des communautés résilientes.

Les principaux changements de politique nécessaires dans l’industrie canadienne de la pêche sont les suivants : 1) redonner le contrôle et les droits d’accès aux communautés locales et aux pêcheurs actifs; 2) donner la priorité à la pêche en tant qu’aliment local, et pas seulement en tant que produit commercial; 3) aider les pêcheurs et les communautés côtières à innover, à s’adapter et à ajouter de la valeur à la chaîne d’approvisionnement de la pêche; et 4) adopter une approche de gestion plus collaborative et régionale.

1) Redonner accès à la communauté
À l’avenir, seuls ceux qui pêchent activement devraient pouvoir détenir un permis et un quota. La classe des rentiers des « skippers de pantoufles » ne fait que faire monter les prix et rend moins tenable pour les pêcheurs actifs de posséder leur propre entreprise. Les droits d’accès devraient être contrôlés, et non simplement vendus au plus offrant. La propriété effective des pêcheries doit être surveillée par le ministère des Pêches et des Océans, afin de garantir la transparence de l’industrie et d’exclure les investisseurs qui cherchent simplement à contrôler la chaîne d’approvisionnement. Au lieu d’une politique qui « facilite la fuite des revenus des pêcheurs actifs » [10, p. 20], les pêcheurs actifs locaux devraient être protégés par des politiques qui limitent la marchandisation de l’accès aux ressources.

2) Donner la priorité au poisson comme aliment
La politique sur les pêches doit considérer le poisson comme un produit alimentaire, et non pas seulement comme une ressource commerciale [35]. Le gouvernement fédéral, qui a compétence sur les pêches, doit s’assurer que les droits d’accès à la pêche sont détenus par des pêcheurs de bonne foi. Les gouvernements provinciaux doivent demander des comptes au gouvernement fédéral et améliorer les éléments de la pêche qui relèvent de leur compétence, notamment la transformation et la sécurité des aliments, la protection de l’environnement côtier et la main-d’œuvre locale [24]. Les fruits de mer canadiens – du varech au thon – devraient être au cœur des discussions et des prises de décisions concernant la sécurité alimentaire, le bien-être des communautés et la « croissance bleue ». Au lieu de cela, ils sont souvent laissés de côté [19], [36]. Les fruits de mer canadiens peuvent et doivent être locaux, durables et traçables. Des chaînes d’approvisionnement plus courtes et une transformation locale accrue
mieux respecter les ressources halieutiques et maximiser les co-bénéfices, tels que : une meilleure qualité nutritionnelle, une empreinte carbone réduite et des liens culturels et communautaires renforcés [35].

3) Investir dans la pêche
L’innovation dans le secteur de la pêche peut jouer un rôle dans l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques. Les investissements fédéraux et provinciaux dans le secteur de la pêche doivent être à la hauteur des enjeux. Par exemple, dans la région du Pacifique, le financement fédéral se concentre actuellement uniquement sur le saumon. Les investissements qui soutiennent les entreprises locales liées à la pêche peuvent accroître la localité et la traçabilité du poisson et encourager les dépenses dans les industries adjacentes, comme les mécaniciens et les vendeurs. Les politiques qui ont porté préjudice aux profits et à la propriété des pêcheurs indépendants ont limité leur capacité financière à prendre des risques, à développer de nouvelles technologies de pêche et à maintenir leurs dépenses commerciales locales [24], [27].

4) Améliorer la gestion collaborative
La diversité des écosystèmes et des communautés côtières du Canada exige une gestion des pêches régionale, collaborative et itérative. Cette approche peut permettre aux pêcheurs de devenir des travailleurs essentiels et des gardiens du savoir, d’améliorer la détection et la réactivité aux changements inattendus, d’accroître l’innovation et de soutenir une meilleure planification, une meilleure vision et une meilleure intendance [37]. L’augmentation du personnel fédéral et provincial sera essentielle pour s’engager auprès de diverses régions ayant des besoins variés, en particulier à mesure que les industries marines se développent avec l’économie bleue [38] [39]. Si le Canada cherche à créer des communautés côtières résilientes, à accroître la sécurité alimentaire nationale et à avoir une industrie des fruits de mer durable et prospère, les politiques et réglementations canadiennes en matière de pêche doivent être rapidement modernisées.

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