Une préoccupation environnementale émerge de la pandémie de COVID-19 : déchets d'EPI par le public

Auteurs):

Justine Amendolia

Coalition canadienne pour la connaissance des océans

Chercheur

Musée canadien de la nature, Ottawa, Canada

Twitter : @ Jamendo1

Jacqueline Saturno

École des pêches, Institut des pêches et de la mer de l'Université Memorial, St. John's, Terre-Neuve-et-Labrador, Canada

M.Sc. Candidat

Twitter : @jackie_saturno

Shoshanah Jacobs

Département de biologie intégrative, Université de Guelph, Guelph, Ontario, Canada

Professeur agrégé

Twitter : @shoshanahjacobs

Justine Ammendolia, Jacquelyn Saturno, Shoshanah Jacobs

L'équipement de protection individuelle (EPI) protège les travailleurs de première ligne contre les maladies infectieuses. Fabriqué à partir de matériaux plastiques comme le nitrile, le vinyle et le latex pour les gants jetables et le polypropylène et le polyester pour les masques faciaux, cet équipement est généralement incinéré dans des installations de déchets médicaux où des protocoles de gestion des déchets strictement réglementés évitent les déversements dans l'environnement.1 La pandémie de COVID-19 a entraîné une forte demande d'EPI de la part de la communauté médicale mondiale et du public, mettant à l'épreuve nos systèmes de gestion des déchets contrairement aux pandémies mondiales précédentes comme le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) en 2003 et le virus de la grippe porcine (H1N1) en 2009 (Figure 1). Cette forte demande actuelle de production et de consommation d'EPI par le public a entraîné un impact environnemental imprévu sous la forme d'une élimination inappropriée par le public.

litière EPI

Figure 1- Débris d'équipement de protection individuelle (EPI) liés à la COVID-19 trouvés à Toronto, au Canada, en mars 2020 : masques jetables (AC) et gants en nitrile jetables (DE).

L'augmentation mondiale de la demande publique d'EPI est due aux problèmes de transmission du COVID-19, car le virus peut être facilement transmis par les gouttelettes respiratoires et peut rester actif sur des surfaces telles que le plastique jusqu'à 3 jours. 2 Les centres de contrôle et de prévention des maladies 3 aux États-Unis et au gouvernement fédéral du Canada 4 demandé que le public évite d'utiliser des EPI de qualité médicale ; recommandant plutôt l'utilisation de masques en tissu lavables. De plus, l'utilisation de gants jetables n'est pas actuellement une recommandation de santé publique lorsqu'un lavage des mains vigilant est suffisant.5 Ces alternatives réduisent non seulement la demande d'EPI de qualité médicale, mais peuvent également réduire l'élimination inappropriée. Pourtant, malgré ces recommandations officielles, il y a eu une utilisation publique généralisée et des déchets d'EPI à usage unique. 6

Des observations anecdotiques rapportées par les médias et des particuliers sur les plateformes de médias sociaux ont mis en évidence des cas de détritus contribuant au problème croissant de la pollution plastique de l'environnement. Ceci est préoccupant car des études antérieures ont montré que les fuites sous forme de déchets environnementaux provenant du flux de déchets sont estimées se produire dans des proportions globales d'environ 2 %.7 Un exemple qui a attiré l'attention des médias sociaux est venu du groupe de nettoyage environnemental Opération Mer Propre en France. Leurs images montrent des plongeurs trouvant des débris d'EPI sur le fond marin de la Méditerranée.8 De plus, des EPI se trouvent également en amont sur les berges, à côté des systèmes d'eau douce, dans des villes urbaines telles que Toronto, Canada (Observation pers.)

Compte tenu de l'utilisation publique généralisée des EPI à usage unique dans le monde, combinée au climat actuel d'anxiété à être protégé dans les lieux publics, ce taux de déversement dans l'environnement peut entraîner des quantités massives de pollution plastique. Comme la pollution plastique dans l'environnement est déjà un problème mondial selon l'ONU,9 la pollution par les EPI est une pression inutile sur un problème déjà accablant. Le Canada, comme de nombreux autres pays, n'est pas équipé du point de vue législatif et de la gestion des déchets pour faire face à l'atténuation de la pollution résultant d'événements pandémiques soudains, c'est pourquoi nous formulons les recommandations suivantes ci-dessous.

Pour faciliter l'élimination appropriée des volumes en croissance rapide de déchets d'EPI du public, nous recommandons ce qui suit : (1) encourager le public à utiliser des EPI réutilisables qui peuvent être fréquemment désinfectés en augmentant l'accès aux masques en tissu et aux agents de lavage ; (2) développer des pratiques appropriées d'élimination des EPI, se renseigner sur les nuisances des voies d'EPI et mettre en œuvre des méthodes de collecte améliorées et ; (3) sensibiliser le public aux bonnes pratiques d'élimination des EPI par le biais de campagnes gouvernementales ciblées de promotion et d'éducation. En nous protégeant contre le COVID-19, nous ne devons pas compromettre l'intégrité de la santé environnementale et créer un futur dilemme sous la forme d'une pollution plastique due à la consommation d'EPI.

Références et notes

1. ES Windfeld, MSL Brooks, J Environ Manage. 163, 98-108 (2015).
2. N. van Doremalen et al., N. Engl. J.Méd. 382(16), 1564-1567. (2020).
3. Centers for Disease Control and Prevention, « Utilisation de couvre-visages en tissu pour aider à ralentir la propagation du Covid-19 » (2020).
4. Gouvernement du Canada, « Masques et couvre-visages non médicaux » (2020).
5. Organisation mondiale de la santé, « Utilisation rationnelle des équipements de protection individuelle contre la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) et considérations en cas de pénurie grave » (2020).
6. J. Bowden, "Les EPI jetés constituent une menace pour l'environnement, selon les experts", The Hill (2020).
7. JR Jambeck et al., Science. 347(6223), 768-771. (2015).
8. Les Observateurs France 24. "Le nettoyage de la mer en France montre la pollution de la pandémie de Covid-19." (2020).
9. PNUE. "Mise à jour des problèmes émergents de l'Annuaire du PNUE 2014." Programme des Nations Unies pour l'environnement. (2014).