Pour assurer l'avenir du Canada en IA, nous devons miser sur l'intelligence plutôt que sur les dépenses.

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Auteur:

Valérie Pisano

Mila

Présidente et directrice générale 

Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

Dans la course mondiale pour bâtir l'avenir, une vérité s'impose : le Canada n'aura jamais le pouvoir d'achat des grandes superpuissances mondiales et ne remportera jamais une compétition acharnée pour offrir les meilleures conditions d'attraction des talents, investir dans le plus grand nombre de jeunes pousses, construire les plus grands centres de données ou acheter le plus de semi-conducteurs. Toute tentative en ce sens ne fera que l'entraîner vers une dépendance permanente.

Cela est particulièrement vrai dans le domaine du calcul, où l'accès à des infrastructures de pointe est devenu un facteur déterminant de l'innovation. Prenons l'exemple du supercalculateur d'IA « Stargate », projet de Microsoft et OpenAI dont le coût est estimé à près de 100 milliards de dollars. Un projet de cette envergure illustre parfaitement les investissements colossaux désormais nécessaires pour être à la pointe de l'IA avancée. Depuis des années, nous subissons les conséquences de cette dynamique : certaines de nos start-ups d'IA les plus prometteuses, ainsi qu'une grande partie de nos données nationales et de nos recherches les plus cruciales, sont de plus en plus souvent hébergées sur des infrastructures cloud étrangères. Nous avons externalisé notre destin numérique tout en essayant de jouer selon des règles conçues pour des acteurs aux atouts différents. Mais nous avons encore le temps – et le talent – ​​pour changer la donne en créant quelque chose de nouveau.

Les fondements mêmes du paradigme informatique actuel, avec ses centres de données toujours plus vastes et énergivores, commencent à s'effondrer sous leur propre poids. Cette consommation énergétique vorace exerce déjà une pression sans précédent sur les réseaux électriques mondiaux ; en Irlande, par exemple, les centres de données consomment désormais 20 % de l'électricité du pays, obligeant le gestionnaire du réseau à suspendre les nouveaux raccordements. Mais cette période de rupture peut représenter une occasion unique pour le Canada. Notre chemin vers la souveraineté en matière d'IA exigera de mettre en œuvre une approche informatique plus intelligente, plus efficace et fondamentalement différente. La bonne nouvelle ? Aucun pays n'est mieux placé que le Canada pour relever ce défi majeur.

L'avenir de l'informatique sera façonné par de nouvelles formes de puissance, déplaçant l'intelligence hors des immenses centres de données. L'une des pistes explorées est le « calcul neuromorphique », qui imite l'incroyable efficacité du cerveau humain. Au lieu du cloud, imaginez une IA sophistiquée fonctionnant sur de minuscules appareils alimentés par batterie, comme un capteur médical intelligent surveillant en continu les premiers signes de maladies rétiniennes. Il y a aussi le « edge computing », qui traite les données instantanément là où elles sont collectées, permettant ainsi à des systèmes robustes comme les drones de livraison autonomes dans nos régions nordiques ou l'agriculture de précision dans nos champs de fonctionner sans connexion permanente à un centre de données distant.

Et puis il y a l'informatique quantique qui, intégrée à l'IA, pourrait résoudre en quelques minutes des problèmes qui nécessiteraient des millénaires aux supercalculateurs actuels, révolutionnant ainsi des domaines comme la découverte de médicaments ou la création de nouveaux matériaux pour les énergies propres. De plus, le Canada est l'un des rares pays au monde à posséder des écosystèmes de calibre mondial en IA et en recherche quantique.

Ainsi, tandis que les géants investissent massivement dans l’optimisation de l’ancien modèle, le Canada possède l’agilité et l’expertise unique nécessaires pour prendre les devants dans le nouveau. Pour saisir cette occasion, nous devons agir avec détermination sur quatre fronts.

Avant toute chose : nous devons sécuriser nos talents. Les experts en IA et en informatique quantique présents sur notre territoire – un puissant mélange d’innovateurs canadiens et de chercheurs de renommée internationale – constituent le fondement de l’écosystème et doivent être protégés au titre de notre souveraineté nationale. Nous devons immédiatement renouveler et accroître nos investissements dans nos chercheurs, démontrant ainsi que l’engagement du Canada envers eux est à long terme. Parallèlement à cette initiative de renforcement, nous avons besoin d’une nouvelle mission ambitieuse. Les esprits les plus brillants du monde sont attirés par le défi de concevoir des outils novateurs. La création d’un projet novateur et stimulant, comme un centre national axé sur l’informatique de nouvelle génération, agirait comme un aimant pour les talents. Cela inciterait nos experts à bâtir leur avenir au pays et les meilleurs chercheurs du monde à les rejoindre.

Ensuite, il nous faut dynamiser l'innovation et financer une nouvelle génération d'entreprises canadiennes. Le Canada doit s'engager sérieusement à créer des champions canadiens en IA, en informatique quantique et en technologies de pointe ; des entreprises capables de faire le lien entre la recherche et la réussite commerciale. Cela exige des mécanismes de financement dédiés aux premières étapes, conçus pour fournir ce premier financement crucial aux jeunes pousses, réduisant ainsi les risques liés à l'innovation à son stade le plus vulnérable. Une initiative à forte visibilité visant à stimuler la création d'entreprises en IA pourrait inciter les entrepreneurs et les investisseurs à s'attaquer à des problèmes à fort impact. Ces nouvelles entreprises, issues de la recherche canadienne, bénéficieraient alors d'un avantage concurrentiel unique grâce à l'accès aux processeurs ultra-performants, aux architectures informatiques novatrices et aux modèles d'IA optimisés qu'un nouveau centre national de calcul fournirait, leur permettant de surpasser leurs concurrents mondiaux par l'ingéniosité plutôt que par la taille.

Troisièmement, le Canada doit investir de façon ciblée et stratégique dans l’informatique du futur. Pour saisir cette opportunité, nous proposons une initiative majeure : le Centre canadien pour l’avenir de l’informatique. Il ne s’agit pas d’un simple centre de recherche, mais d’un investissement stratégique pour notre souveraineté nationale. Un investissement fédéral de premier plan permettrait de créer un pôle d’excellence mondial réunissant nos écosystèmes de pointe en intelligence artificielle, en microélectronique et en informatique quantique. Ce Centre rassemblerait un puissant ensemble de processeurs graphiques (GPU) de pointe, d’architectures de puces alternatives et d’ordinateurs quantiques. Il abriterait une expertise en logiciels écoénergétiques, en optimisation avancée et en recherche appliquée. Il catalyserait l’innovation, soutiendrait les jeunes entreprises et aiderait les scientifiques et les ingénieurs à réaliser les prochaines grandes percées.

Enfin, nous devons bâtir des alliances mondiales en nous appuyant sur notre leadership. Le Canada n’est pas seul à rechercher une alternative à la domination technologique d’une ou deux superpuissances. En incarnant ce nouveau paradigme, nous pouvons devenir un partenaire essentiel pour d’autres nations partageant les mêmes valeurs, et former une coalition vouée à un avenir technologique plus distribué, démocratique et durable.

C’est le moment d’oser, d’investir dans nos atouts et de bâtir un avenir où l’informatique intelligente de demain ne sera pas seulement utilisée par les Canadiens, mais conçue, détenue et contrôlée ici, au pays. Il est temps d’agir et de nous assurer une place de chef de file mondial dans le domaine des technologies de demain.