Accès sans architecture

Auteur:

Shweta Dharia

Shweta Dharia – Shweta Dharia
Avertissement : La version française de ce texte a été traduite automatiquement et n'a pas été approuvée par l'auteur.

L'IA pour tousLa stratégie nationale du gouvernement fédéral en matière d'IA, dévoilée le 4 juin 2026 [1], promet une formation à la culture numérique en IA à un million d'étudiants du postsecondaire et l'accès à un « agent d'IA de confiance » pour chaque étudiant, quelle que soit sa discipline [2]. On pourrait croire à une annonce révolutionnaire. Bien qu'elle ait fait les manchettes, à y regarder de plus près, elle ressemble davantage à un cadeau sans mode d'emploi.  

La promesse d'Ottawa ne s'accompagne d'aucune norme curriculaire, d'aucun financement dédié et d'aucune structure de gouvernance pour la concrétiser. Au Canada, l'éducation relève constitutionnellement des provinces. En réalité, le gouvernement fédéral a imposé un mandat sans mécanisme pour le mettre en œuvre, et les universités et les collèges doivent désormais élaborer ce mécanisme eux-mêmes, sur leur temps libre et avec leurs propres budgets. 

La promesse 

Le discours est suffisamment convaincant pour paraître sérieux. Outre l'objectif d'un million d'élèves, plus de 3 000 enseignants recevront des kits d'apprentissage de l'IA. La formation ne se limitera pas à l'utilisation de ChatGPT. Elle abordera les biais cognitifs, la désinformation, les risques liés à la protection de la vie privée et les utilisations non sécurisées, l'objectif étant de former des participants éclairés plutôt que des utilisateurs passifs de l'IA [1]. 

J’apprécie que le cadre soit plus ambitieux que la plupart des stratégies nationales comparables, mais comment allons-nous répondre à ces attentes ? Ambition et infrastructure sont deux choses différentes. Le plan s’appuie sur les trois instituts nationaux canadiens d’IA — Amii, Mila et Vector — comme vecteurs de mise en œuvre [1]. Amii forme à lui seul actuellement 125 000 étudiants par année. Passer à un million d’étudiants n’est pas une question d’enthousiasme ; c’est une question de capacité, qui fait encore défaut. 

Dans une récente étude mondiale sur la confiance, le Canada se classe au 44e rang sur 47 pays en matière de formation et de connaissances en IA, moins du quart des Canadiens déclarant avoir reçu une formation en IA [1]. Ces chiffres soulignent clairement l'enjeu et la nécessité d'agir, mais est-ce la bonne voie à suivre ? 

Les limites d'Ottawa  

Voici ce que personne n'ose dire ouvertement : le gouvernement fédéral ne peut pas imposer à une université de modifier son programme d'études ; il peut seulement annoncer un objectif et espérer qu'il soit atteint [3]. Les universités doivent financer et combler le fossé entre les ambitions fédérales et les compétences provinciales. Il n'existe aucun plan conjoint, et un analyste politique l'a souligné juste avant même le dévoilement de la stratégie : le Canada avait besoin d'un cadre national. et alphabétisation généralisée, l’une ne remplaçant pas l’autre [4]. 

Les universités se trouvent dans une situation délicate : si elles s’engagent trop tôt dans la formation à l’IA, elles risquent de devoir revoir leur copie ultérieurement, lorsqu’une norme nationale sera disponible. Un établissement qui attend les directives provinciales risque d’attendre passivement leur arrivée, sans calendrier précis. Les étudiants, quant à eux, arrivent sur le campus en s’attendant déjà à bénéficier de l’accès annoncé par le Premier ministre [5]. 

L'agent « de confiance » 

L'idée de donner à chaque étudiant accès à un agent d'IA de confiance semble infaillible, jusqu'à ce qu'on se pose la question : de qui est digne de confiance ? Qui certifiera ces prestataires ? Qu'entend-on par « de confiance » ? Qu'advient-il des données étudiantes transitant par ces systèmes ? Qui définit les normes de gouvernance ? 

La plupart des universités canadiennes se sont empressées d'élaborer des politiques d'utilisation de l'IA, mises en place dans les années qui ont suivi l'arrivée de l'IA générative sur les campus en 2022 et 2023, principalement afin de protéger l'intégrité académique. Une étude menée auprès de seize de ces universités a révélé de réelles incohérences entre leurs règles relatives à l'IA et leurs règles d'intégrité académique [7]. L'ajout d'un programme d'accès approuvé par le gouvernement fédéral à ce système disparate ne simplifie rien ; il ajoute simplement une couche supplémentaire qui peut ou non être en accord avec les règles existantes. 

Il existe un problème bien plus profond, lié à la souveraineté. L'accès se fera par le biais de plateformes régies par les lois d'autres pays, et non par celles du Canada [1]. La solution stratégique – une infrastructure informatique souveraine – ne sera pas disponible avant cinq ans. Les étudiants y ont accès dès maintenant.  

Alphabétisation = fluidité 

Il convient de saluer la stratégie pour son langage pédagogique qui invite les élèves à identifier les biais et la désinformation, et non pas seulement à alimenter un chatbot [1]. C'est un véritable progrès. 

Toutefois, reconnaître qu'un résultat d'IA peut être biaisé ne revient pas à comprendre pourquoi, comment, ni qui en est responsable. Des recherches menées auprès d'établissements canadiens montrent déjà que les systèmes d'IA influencent les décisions relatives à la rétention des étudiants, à l'allocation des ressources et à la planification des programmes – des décisions qui comportent un risque réel de biais et d'opacité, en particulier pour les étudiants marginalisés [8]. Repérer un résultat erroné est une compétence ; remettre en question le système qui le sous-tend en est une autre. À l'heure actuelle, la stratégie ne développe que la première. Seuls 14 % des jeunes diplômés se sentent capables d'utiliser les outils d'IA dans leur travail [9]. 

Tenir ensemble 

Les universités et les collèges n'ont pas conçu L'IA pour tousIls n'ont pas été consultés de manière significative avant l'annonce. Pourtant, ils constituent désormais les systèmes de prestation par défaut de la plus importante initiative d'alphabétisation en IA de l'histoire du Canada. Aucun financement spécifique n'est prévu pour la refonte des programmes d'études ni pour la formation du corps professoral [10]. Ailleurs, des solutions évidentes ont été proposées : comités de surveillance, audits de l'IA sur les campus, personnel de gouvernance dédié [11]. Rien de tout cela n'est financé ici. 

L’instrument fédéral qui aurait pu établir des normes nationales contraignantes, la Loi sur l’intelligence artificielle et les données, a été rejeté en commission en 2025 [12]. Ce qui subsiste – la directive du Conseil du Trésor sur la prise de décisions automatisée, la LPRPDE et quelques codes de conduite volontaires – n’a jamais été conçu pour un usage en milieu scolaire. Les associations étudiantes ont également constaté cette tension et réclament un accès qui élargisse les possibilités sans exposer les étudiants à des risques [13]. C’est une demande légitime, mais difficile à satisfaire lorsque l’accès se manifeste des années avant la mise en place de la gouvernance.  

Prochaines étapes 

Rien de tout cela ne rend L'IA pour tous C'est une mauvaise idée. Il s'agit de la plus importante déclaration fédérale jamais faite au Canada sur l'IA et l'enseignement supérieur, et elle aborde correctement la question de l'alphabétisation, en la considérant comme bien plus qu'une simple maîtrise d'outils. L'intention est claire, mais l'infrastructure nécessaire pour la soutenir fait défaut. 

Il incombe désormais aux établissements de définir eux-mêmes la notion de « confiance » avant qu’Ottawa ne le fasse à leur place. Ils doivent harmoniser l’accès à l’IA avec leurs politiques d’intégrité existantes et former le corps professoral non seulement à l’utilisation de ces outils, mais aussi à expliquer leur raisonnement, leurs erreurs et les instances de contrôle. 

Une stratégie nationale peut donner une orientation. Elle ne saurait remplacer le travail plus long et plus ardu que doivent accomplir les institutions, discipline par discipline, pour définir ce que signifie une utilisation responsable de l’IA. Ce travail nous incombe, à nous Canadiens et à nos établissements d’enseignement supérieur, ensemble et sans aide extérieure.  

Cet éditorial s'appuie sur des recherches et des analyses politiques publiées ; toutes les interprétations et conclusions sont celles de l'auteur.

Références 

  1. Innovation, Sciences et Développement économique Canada. (4 juin 2026). Stratégie nationale du Canada en matière d'intelligence artificielle : L'IA pour tous. Gouvernement du Canada. https://ised isde.canada.ca/site/ised/en/canadas-national-artificial-intelligence-strategy-ai-all
  2. Premier ministre du Canada. (2026, 4 juin). Le Premier ministre Carney lance « L’IA pour tous » : la nouvelle stratégie nationale du Canada en matière d’intelligence artificielle [Communiqué de presse].  https://www.pm.gc.ca/en/news/news-releases/2026/06/04/prime-minister-carney launches-ai-all-canadas-new-national-artificial 
  1. Ubyssey. (2026, 11 juin). Voici ce que la stratégie canadienne en matière d'IA pourrait signifier pour les étudiants. https://ubyssey.ca/news/canadas-federal-ai-strategy-for-students/
  2. Ben Karroum, W. (19 septembre 2025). Le Canada a besoin d'une stratégie nationale pour l'IA générative dans l'enseignement supérieur. Options politiques. https://policyoptions.irpp.org/2025/09/ai-higher-ed/
  3. CBC News. (2026, 1er juin). Le projet de stratégie fédérale en matière d'IA vise à accélérer son adoption et à proposer des formations à l'alphabétisation d'ici 2031. https://www.cbc.ca/news/politics/federal-artificial-intelligence-strategy 9.7216576
  4. CBC News. (2026, 1er juin). Le projet de stratégie fédérale en matière d'IA vise à accélérer son adoption et à proposer des formations à l'alphabétisation d'ici 2031. https://www.cbc.ca/news/politics/federal-artificial-intelligence-strategy 9.7216576
  5. Discours et écriture/Rédactologie. (2024). Examen des lignes directrices sur l'IA dans les universités canadiennes : implications pour l'intégrité académique dans la rédaction universitaire. https://journals.sfu.ca/dwr/index.php/dwr/article/view/1051 
  1. McConvey, K., Ghai, M., Lee, R., et Guha, S. (2026). Risque, rétention et institution algorithmique : l’intelligence artificielle comme réponse politique à la crise de l’enseignement supérieur.  Politiques publiques canadiennes, 52(S1), 155-174. https://doi.org/10.3138/cpp.2025-030
  2. Theconversation.ca. (2026, 11 juin). Stratégie canadienne en matière d'IA et universités : au-delà de la simple maîtrise de l'IA, les étudiants doivent la maîtriser. https://theconversation.com/canadas-ai-strategy-and universities-beyond-literacy-students-need-to-be-fluent-with-ai-283450
  3. Azevedo, R. (2025). Politiques institutionnelles sur l'intelligence artificielle dans l'enseignement supérieur : cadres et meilleures pratiques pour le corps professoral. Nouvelles orientations pour l'éducation des adultes et la formation continue. https://doi.org/10.1002/ace.70013
  4. EDUCAUSE. (2024). Développement de politiques en matière d'IA : un plan d'action pour la gouvernance de l'enseignement supérieur. Avis sur EDUCAUSE.
  5. AI Magazine Canada. (22 avril 2026). La loi AIDA, expliquée. https://aimagazine.ca/aida act/
  6. Alliance canadienne des associations étudiantes [CASA]. (2026). Les étudiants de niveau postsecondaire réagissent à la stratégie du gouvernement fédéral « L’IA pour tous ». https://www.casa acae.com/ai_for_all

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