Pour une adoption de l’IA qui fonctionne vraiment : ce que les PME québécoises nous apprennent

Published On: September 2026Categories: 2026 Editorial Series, Canada's New AI Strategy, Editorials

Author(s):

Lesly Nzeusseu Kouamou

Pierrich Plusquellec

Nzeusseu
Disclaimer: The French version of this text has been auto-translated and has not been approved by the author.
  1. Mise en contexte 

Les PME constituent le cœur de l’économie québécoise, représentant 99,7 % du tissu  industriel et générant plus de 50 % du PIB (Gouvernement du Québec, 2025). Présentes  dans tous les secteurs, des services au commerce de détail, en passant par la construction,  l’agriculture et le transport, elles jouent un rôle essentiel dans l’emploi, l’innovation  locale et la vitalité des régions. Pourtant, lorsqu’il est question d’Intelligence Artificielle (IA), leur réalité demeure souvent moins visible que celle des grandes entreprises ou des jeunes pousses technologiques. Dans ce contexte, l’adoption de l’IA progresse, mais elle  demeure encore à ses débuts. Au Canada, le taux d’adoption de l’IA par les entreprises est  estimé à environ 12,5 % (Gouvernement du Canada, 2025). Cette situation n’est pas  propre au Canada : dans les pays du G7, l’adoption de l’IA demeure généralement plus  faible dans les petites entreprises (OCDE, 2025). 

Autrement dit, l’IA ne se diffuse pas naturellement de manière égale. Elle tend plutôt à  suivre les écarts déjà existants en matière de ressources, de compétences numériques, de  données et de maturité numérique (Dinh et al., 2025). La Banque de Développement du  Canada (BDC, 2026) souligne d’ailleurs que, malgré la progression des technologies  numériques dans les PME canadiennes, plusieurs obstacles persistent, notamment les  coûts d’implantation, les enjeux de cybersécurité, l’intégration difficile aux systèmes  existants, l’incertitude quant au rendement de l’investissement et l’accès au financement. C’est dans ce contexte que le Canada se donne une cible ambitieuse : faire passer  l’adoption de l’IA de 12 % à 60 % d’ici 2034. Cette ambition est nécessaire. Mais elle  soulève aussi une question centrale : dans quelles conditions les PME peuvent-elles  adopter l’IA de manière utile, sécuritaire et responsable ? Et quels sont les freins actuels à  considérer ? 

  1. Réalité terrain et limite d’une approche centrée uniquement sur l’adoption 

À partir d’expériences d’accompagnement menées auprès de PME québécoises dans le  cadre d’initiatives de recherche comme le Parcours d’accompagnement en IA responsable  de l’Obvia mobilisant un agent conversationnel entraîné en éthique de l’IA, nous  observons que les besoins les plus pressants concernent moins l’accès à la technologie  que la capacité à poser les bonnes questions avant son adoption. Dans les politiques  publiques, l’adoption de l’IA est souvent mesurée par un indicateur simple : combien  d’entreprises utilisent l’IA ? Cette mesure est utile, mais insuffisante. Elle ne dit pas si  l’outil est pertinent, s’il répond à un besoin réel, s’il est bien intégré aux processus 

existants, s’il améliore effectivement la productivité et​​/ou surtout s’il est utilisé de façon  responsable. Adopter l’IA ne devrait donc pas signifier utiliser plus d’outils. Une PME peut multiplier les abonnements à des plateformes sans transformer durablement ses pratiques. À l’inverse, une adoption plus limitée, mais bien alignée sur un besoin précis (p.ex. améliorer la planification des horaires et des effectifs) peut générer une valeur  beaucoup plus concrète. C’est pourquoi l’objectif ne devrait pas seulement être  d’accélérer l’adoption, mais d’améliorer la capacité d’une adoption éclairée de systèmes  d’IA. Cette capacité repose sur plusieurs éléments : comprendre les possibilités et les  limites de l’IA, identifier les bons cas d’usage, évaluer les risques, choisir des outils  adaptés, former les équipes, protéger les données, clarifier les responsabilités et mettre en  place une gouvernance proportionnelle à la taille de l’entreprise. 

Pour le Canada, cela signifie que l’enjeu n’est pas seulement de convaincre les PME  d’utiliser l’IA. Il faut aussi leur donner les moyens de poser les bonnes questions avant de  l’adopter : quel problème voulons-nous résoudre ? Quelles données seront utilisées ?  quels risques devons-nous anticiper ? Quels employés seront touchés ? Quelles  compétences devons-nous développer ? Et comment saurons-nous si l’outil produit  réellement de la valeur ? D’où l’importance de l’accompagnement qui permet de traduire  les grands principes de l’IA responsable en décisions concrètes. Sans diagnostic  préalable, une PME pourrait être tentée d’adopter rapidement une solution populaire  parce qu’elle est accessible, peu coûteuse ou largement médiatisée. Or, un outil mal  aligné avec les besoins réels de l’organisation risque de s’ajouter aux systèmes existants  sans produire de valeur durable, et par ailleurs risque de mettre en péril la conformité  légale de l’entreprise.  

  1. Recommandations et conclusion 

Ainsi, trois priorités s’imposent. D’abord, financer l’accompagnement organisationnel au  même titre que l’achat ou le développement d’outils. Ensuite, soutenir des modèles  régionaux adaptés aux réalités des PME, notamment au Québec, où les enjeux sectoriels  et territoriaux exigent des ressources accessibles en français et ancrées dans les  écosystèmes locaux. Enfin, intégrer l’IA responsable dès les premières étapes de  l’adoption, plutôt que comme une exigence de conformité ajoutée après coup. 

Atteindre une cible nationale de 60 % d’adoption d’ici 2034 ne sera pas seulement une  question de diffusion technologique. Ce sera une question d’accompagnement, de  confiance et de capacité organisationnelle. Pour que l’IA soit réellement une « IA pour  tous », les PME devront être soutenues dans leur capacité à choisir, comprendre et  gouverner ces technologies. La réussite de cette stratégie canadienne dépendra donc  moins du nombre d’outils adoptés que de la qualité des conditions d’adoption.

More on the Author(s)

Lesly Nzeusseu Kouamou

Université de Montréal

Candidate au doctorat, Psychologie du travail et des organisations

Observatoire International sur les Impacts Sociétaux de l’IA et du Numérique (Obvia)

Adjointe de recherche, Direction scientifique en Collaboration avec l’industrie et les développeurs

Pierrich Plusquellec

Université de Montréal

Directeur, École de psychoéducation

Observatoire International sur les Impacts Sociétaux de l’IA et du Numérique (Obvia)

Directeur, Direction scientifique en Collaboration avec l’industrie et les développeurs