Pour une adoption de l’IA qui fonctionne vraiment : ce que les PME québécoises nous apprennent
Author(s):
Lesly Nzeusseu Kouamou
Pierrich Plusquellec

Disclaimer: The French version of this text has been auto-translated and has not been approved by the author.
- Mise en contexte
Les PME constituent le cœur de l’économie québécoise, représentant 99,7 % du tissu industriel et générant plus de 50 % du PIB (Gouvernement du Québec, 2025). Présentes dans tous les secteurs, des services au commerce de détail, en passant par la construction, l’agriculture et le transport, elles jouent un rôle essentiel dans l’emploi, l’innovation locale et la vitalité des régions. Pourtant, lorsqu’il est question d’Intelligence Artificielle (IA), leur réalité demeure souvent moins visible que celle des grandes entreprises ou des jeunes pousses technologiques. Dans ce contexte, l’adoption de l’IA progresse, mais elle demeure encore à ses débuts. Au Canada, le taux d’adoption de l’IA par les entreprises est estimé à environ 12,5 % (Gouvernement du Canada, 2025). Cette situation n’est pas propre au Canada : dans les pays du G7, l’adoption de l’IA demeure généralement plus faible dans les petites entreprises (OCDE, 2025).
Autrement dit, l’IA ne se diffuse pas naturellement de manière égale. Elle tend plutôt à suivre les écarts déjà existants en matière de ressources, de compétences numériques, de données et de maturité numérique (Dinh et al., 2025). La Banque de Développement du Canada (BDC, 2026) souligne d’ailleurs que, malgré la progression des technologies numériques dans les PME canadiennes, plusieurs obstacles persistent, notamment les coûts d’implantation, les enjeux de cybersécurité, l’intégration difficile aux systèmes existants, l’incertitude quant au rendement de l’investissement et l’accès au financement. C’est dans ce contexte que le Canada se donne une cible ambitieuse : faire passer l’adoption de l’IA de 12 % à 60 % d’ici 2034. Cette ambition est nécessaire. Mais elle soulève aussi une question centrale : dans quelles conditions les PME peuvent-elles adopter l’IA de manière utile, sécuritaire et responsable ? Et quels sont les freins actuels à considérer ?
- Réalité terrain et limite d’une approche centrée uniquement sur l’adoption
À partir d’expériences d’accompagnement menées auprès de PME québécoises dans le cadre d’initiatives de recherche comme le Parcours d’accompagnement en IA responsable de l’Obvia mobilisant un agent conversationnel entraîné en éthique de l’IA, nous observons que les besoins les plus pressants concernent moins l’accès à la technologie que la capacité à poser les bonnes questions avant son adoption. Dans les politiques publiques, l’adoption de l’IA est souvent mesurée par un indicateur simple : combien d’entreprises utilisent l’IA ? Cette mesure est utile, mais insuffisante. Elle ne dit pas si l’outil est pertinent, s’il répond à un besoin réel, s’il est bien intégré aux processus
existants, s’il améliore effectivement la productivité et/ou surtout s’il est utilisé de façon responsable. Adopter l’IA ne devrait donc pas signifier utiliser plus d’outils. Une PME peut multiplier les abonnements à des plateformes sans transformer durablement ses pratiques. À l’inverse, une adoption plus limitée, mais bien alignée sur un besoin précis (p.ex. améliorer la planification des horaires et des effectifs) peut générer une valeur beaucoup plus concrète. C’est pourquoi l’objectif ne devrait pas seulement être d’accélérer l’adoption, mais d’améliorer la capacité d’une adoption éclairée de systèmes d’IA. Cette capacité repose sur plusieurs éléments : comprendre les possibilités et les limites de l’IA, identifier les bons cas d’usage, évaluer les risques, choisir des outils adaptés, former les équipes, protéger les données, clarifier les responsabilités et mettre en place une gouvernance proportionnelle à la taille de l’entreprise.
Pour le Canada, cela signifie que l’enjeu n’est pas seulement de convaincre les PME d’utiliser l’IA. Il faut aussi leur donner les moyens de poser les bonnes questions avant de l’adopter : quel problème voulons-nous résoudre ? Quelles données seront utilisées ? quels risques devons-nous anticiper ? Quels employés seront touchés ? Quelles compétences devons-nous développer ? Et comment saurons-nous si l’outil produit réellement de la valeur ? D’où l’importance de l’accompagnement qui permet de traduire les grands principes de l’IA responsable en décisions concrètes. Sans diagnostic préalable, une PME pourrait être tentée d’adopter rapidement une solution populaire parce qu’elle est accessible, peu coûteuse ou largement médiatisée. Or, un outil mal aligné avec les besoins réels de l’organisation risque de s’ajouter aux systèmes existants sans produire de valeur durable, et par ailleurs risque de mettre en péril la conformité légale de l’entreprise.
- Recommandations et conclusion
Ainsi, trois priorités s’imposent. D’abord, financer l’accompagnement organisationnel au même titre que l’achat ou le développement d’outils. Ensuite, soutenir des modèles régionaux adaptés aux réalités des PME, notamment au Québec, où les enjeux sectoriels et territoriaux exigent des ressources accessibles en français et ancrées dans les écosystèmes locaux. Enfin, intégrer l’IA responsable dès les premières étapes de l’adoption, plutôt que comme une exigence de conformité ajoutée après coup.
Atteindre une cible nationale de 60 % d’adoption d’ici 2034 ne sera pas seulement une question de diffusion technologique. Ce sera une question d’accompagnement, de confiance et de capacité organisationnelle. Pour que l’IA soit réellement une « IA pour tous », les PME devront être soutenues dans leur capacité à choisir, comprendre et gouverner ces technologies. La réussite de cette stratégie canadienne dépendra donc moins du nombre d’outils adoptés que de la qualité des conditions d’adoption.

